Le monde en questions: Élever nos enfants dans la neutralité

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Les pronostics veulent que, tôt ou tard, la grande majorité d’entre nous (près de 90 %) aura des enfants. Les questions du genre «quelle sorte de suce orthodontique est la meilleure pour mon enfant?» susciteront alors notre plus grand intérêt. D’autres types de questions, concernant l’éthique, par exemple, se hisseront aussi au premier rang de nos préoccupations. Compte tenu du pluralisme religieux présent dans notre société, la question suivante sera certainement de leur nombre: devrais-je enseigner à mon enfant mes croyances en matière de religion?

Réfléchissons à la question en la rattachant à un cas fictif.

L’histoire de George

George est un étudiant de deuxième cycle. Il est aussi un agnostique convaincu. Pour lui, les religions sont, au mieux, de vaines présomptions, au pire, d’odieux mensonges qui incitent à l’intolérance. Mieux vaut, selon lui, éviter cette pente glissante, pour le bien de tous et le maintien de la paix civile.

Alors qu’il termine son mémoire, George rencontre l’amour de sa vie. Après quelques années de vie commune, les deux tourtereaux décident de fonder une famille. George, dont l’opinion s’est consolidée avec le temps, est fermement résolu à n’imposer aucune idéologie particulière à ses enfants.

Je crois que nous devons réfléchir à l’idéologie que nous souhaitons enseigner à nos enfants, et à la façon dont nous nous y prendrons pour le faire.

Un beau jour, sa fille de 10 ans lui pose la question suivante: «Papa, Justine a dit que sa grand-maman est morte et qu’elle est au ciel. Mais Simon a dit que c’était pas vrai, qu’elle était six pieds sous terre et qu’elle se faisait manger par des vers. Où est-ce qu’elle va aller, mamie, quand elle va mourir?». George fait alors ce qu’il croit être son devoir de parent: il se tait.

La neutralité

Quel est le devoir du parent face aux questions religieuses et existentielles? A-t-il le droit de promouvoir une croyance particulière auprès de ses enfants?

En fait, quand on y réfléchit, on réalise que cette question n’en est pas vraiment une. Pourquoi? Parce que la neutralité face aux opinions religieuses n’existe pas. Dans ce domaine, même le silence est porteur de message. Le silence de George constituait bel et bien une réponse à la question de sa fille. Bien sûr, le silence ouvre généralement la porte plus large à l’interprétation qu’un exposé didactique. N’empêche que George a transmis quelque chose à sa fille, même par son silence: ce silence n’était pas neutre.

La nécessité de limites

Les âmes plus œcuméniques pourraient dire que le but n’est pas d’être «neutre», mais simplement de vivre dans le respect de l’autre, et surtout de ne pas affirmer la véracité exclusive d’une croyance donnée. «Tu veux adorer ton mouton, ta vache, ton poster de Wayne Grestky? Génial! La règle d’or: n’affirme pas que tu as raison et que d’autres ont tort».

Le problème avec cette attitude, c’est qu’elle n’est pas viable dans la pratique. On n’a pas le choix de dresser des bornes, à un moment ou à un autre. Admettre que l’on croit que certaines personnes ont tort et limiter leurs agissements, c’est indispensable à la sécurité publique.

Toutefois, on doit être très prudents lorsqu’on dresse les limites de l’acceptable en matière de religion. Si on le fait en prenant comme jauge l’intensité de la conviction d’une personne plutôt que le contenu de sa croyance, on vise le mauvais canard.

Certains diront: «Non, mais tu es libre. Tu as le droit d’être bouddhiste, musulman ou chrétien. Tant que tu ne penses pas que tu es le seul à avoir raison. C’est à ce moment-là que ça devient dangereux. Regarde juste les abus qui ont été faits au nom du christianisme! Ces chrétiens-là étaient trop zélés et attachés à leur Jésus, et ils ont fait des folies en son nom».

Oui, des gens ont fait des folies en son nom. Mais ils n’ont pas commis ces atrocités parce qu’ils étaient trop attachés à son enseignement, bien au contraire. Si on étudie l’enseignement de Jésus par exemple, on se rend compte que le problème, c’est qu’ils n’y étaient pas assez attachés, puisque Jésus a enseigné l’importance d’aimer son prochain.

Si je suis un «extrémiste de l’amour», je ne suis pas une menace. Mais si je crois, même juste un peu, que j’ai le droit de tuer mon voisin, je m’expose à le devenir. Le contenu d’un enseignement religieux est d’une importance capitale. Le problème n’est pas simplement le degré d’adhésion des fidèles à une cause donnée.

Nous enseignerons tous

Pour revenir à notre question initiale, je crois que nous devons réfléchir à l’idéologie que nous souhaitons enseigner à nos enfants, et à la façon dont nous nous y prendrons pour le faire. Je crois que cette démarche passe par une recherche sincère de la vérité. Résistons à la tentation de nous cacher derrière un relativisme passif, supposément neutre.

Et soyons prudents avant de juger les parents qui enseignent leurs valeurs et leurs croyances à leurs enfants, parce que c’est ce que nous ferons tous, que ça nous plaise ou non.

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