Le monde en questions: Priver l’arbre de ses racines

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Avez-vous déjà éprouvé la joie de dénicher un mot qui exprime une réalité que vous perceviez, mais que vous étiez incapable de nommer? Le genre de mot qui vous évite d’avoir recours à un de ces abominables «chose», «affaire» et «tsé la patente là»? Ce sont de véritables merveilles. Récemment, j’ai eu la chance de tomber sur un de ces petits bijoux.

Ce mot qui a su réjouir mon âme, c’est doxa.

Et voici sa délectable définition: «Ensemble des opinions et présuppositions communément admises d’une société donnée». On pourrait penser, par exemple, à la valeur qu’accordent les Québécois aux droits de l’Homme et à la liberté d’expression. Ici, on ne penserait même pas à remettre en cause ces valeurs – pas sans paraitre marginal, du moins. C’est ça, la doxa.

Or, il est de plus en plus difficile de définir la doxa de notre société québécoise, de mettre le doigt sur le pourquoi de nos choix collectifs. D’une part, l’hétérogénéité de notre population nous empêche de faire un constat de la situation à l’échelle nationale. D’autre part, j’ai l’impression qu’une grande partie de la population québécoise «de souche» rejette les axiomes qui ont contribué à la création de notre système de valeurs.

Priver l’arbre de ses racines

En fait, j’ai l’impression que la moralité de beaucoup de Québécois est semblable à un arbre coupé de ses racines. Depuis la Révolution tranquille, on a massivement rejeté un catholicisme institutionnel, déconnecté de Dieu. De bonnes choses ont découlé de cette émancipation. Elle a donné aux Québécois la possibilité de réfléchir par eux-mêmes, libérés du carcan d’une institution. Toutefois, le problème, selon moi, c’est que plusieurs n’ont pas tiré parti de cette liberté. Ils ont laissé béant le vide formé par le rejet de la religion institutionnelle et ont négligé de construire un système de valeurs et de croyances cohérent, rattaché à des racines autres que celles rejetées. Résultat? Beaucoup d’entre nous nagent encore dans le brouillard quant au «pourquoi» de nos choix moraux.

Nos sentiments restent les mêmes: voler, tricher, mentir, c’est mal. Mais pourquoi? Un processus évolutif aveugle ne pointerait-il pas davantage vers une apologie de la survie du plus fort, sans égard à de quelconques considérations soi-disant morales? Pourtant, peu de gens seraient prêts à renoncer à nos valeurs profondes: «Aime ton prochain. Tu ne tueras point. Tu ne voleras point». Et encore moins de gens voudraient que leurs voisins y renoncent. Néanmoins, que ça nous plaise ou non, ces valeurs découlent de l’idée que Dieu existe et que les êtres humains sont précieux parce qu’ils ont été créés à son image, et qu’il les aime.

Justifier nos valeurs tout en rejetant ce qui en fait la force, c’est vouloir garder un arbre vivant tout en le privant de ses racines.

Justifier nos valeurs tout en rejetant ce qui en fait la force, c’est vouloir garder un arbre vivant tout en le privant de ses racines. Peut-être ce dernier donnera-t-il l’illusion d’être vivant pour quelque temps encore. Toutefois, il en faudra peu pour que nos valeurs tombent, et avec elles, le respect de nos choix collectifs.

Une autre époque

Mais la solution se trouve-t-elle vraiment dans l’uniformisation de notre identité québécoise? Je ne pense pas. En réalité, je crois que la question n’est pas premièrement nationale, mais bien personnelle. Bien que notre manque de repères à l’échelle de la province reflète notre manque de repères individuel, je crois que c’est ce dernier qui en est la cause.

Les lecteurs réguliers de notre chronique commencent à nous connaitre. On tripe pas mal sur Jésus.

Ceux qui ont lu les Évangiles auront remarqué que, contrairement à nous, Jésus a vécu à une époque où la doxa de la société dans laquelle il vivait était très définie. Elle reflétait bien la majorité juive de l’époque, qui était très homogène. Pour faire une analogie, tout comme beaucoup de Québécois au cours de la Révolution tranquille, Jésus s’opposait à l’institution religieuse en place et à la pression que cette dernière exerçait sur le peuple. Jésus croyait aussi que le changement devait avoir lieu non au niveau national, mais premièrement au niveau personnel.

Ce qu’il proposait, c’était d’abolir la machinerie humaine que les dirigeants avaient mise en place et par laquelle ils tenaient la population asservie. Mais pour lui, la solution ne se trouvait pas dans un rejet simple et définitif de tout ce qui avait trait à Dieu. La solution, c’était d’en venir à finalement réellement connaitre Dieu, et pas juste s’imaginer le connaitre en se rangeant sous l’autorité d’une institution religieuse quelconque.

D’ailleurs, si on en croit la Bible, Jésus avait une pas pire idée de qui Dieu était. Et il disait qu’il était venu parce que Dieu l’avait envoyé pour se faire connaitre à nous. Oui, Jésus condamnait l’hypocrisie et incarnait des valeurs inspirantes. Mais son message allait bien au-delà d’une belle moralité sincère. Et je crois qu’on devrait, nous aussi, chercher plus qu’une belle moralité, ou qu’une doxa nationale bien établie. Je crois qu’on devrait tirer parti de la situation précaire dans laquelle nous nous trouvons pour rattacher notre système de valeurs à des racines solides. Je pense que cela sera possible lorsque nous chercherons la vérité au sujet de Dieu, de la vie, de nous-mêmes.

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