Le monde en questions: Une arme de destruction massive?

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Depuis quelques mois, les médias et les réseaux sociaux nous bombardent de scènes d’horreur concoctées par les membres de l’État islamique… des crimes gratuits et insensés dont le degré de cruauté semble aller croissant de semaine en semaine.

Avant le 11 septembre, notre société séculière tournait le fondamentalisme ou l’intégrisme en dérision, mais depuis lors, le malaise ne cesse de s’accroitre. Malgré la rhétorique de paix, de partage et de recueillement des diverses religions, la méfiance de l’illuminé s’est installée. On a peur du «convaincu» susceptible de devenir instable et de «péter sa coche» si une mouche divine venait à le piquer. Il est facile de conclure avec sarcasme que «la science permet de s’envoler sur la lune, mais la religion fait voler des avions dans des tours»!

Mais est-ce que cette logique a pu être vérifiée? Est-ce que la religion est intrinsèquement liée à la violence? La religion est-elle la plus grande cause de violence de notre histoire, comme le prétend Sam Harris dans son livre The End of Faith?

Quelqu’un s’est déjà amusé à faire le décompte des 1763 guerres qui ont fait rage depuis le début de l’histoire de l’humanité. On retrouve ce calcul dans un volumineux ouvrage en trois tomes intitulé Encyclopedia of Wars (par Charles Phillips et Alan Axelrod, 1502 pages, 2004). Il s’avère que les auteurs ont identifié seulement 123 guerres qui étaient de nature religieuse, ce qui représente 6,98% du total. C’est déjà trop, j’en conviens, et je ne cherche en rien à disculper les Croisades (1,7 million de morts) ou la guerre de Trente Ans (5,6 millions). Un seul point de pourcentage aurait été de trop.

Il n’en demeure pas moins que, dans les faits, les pertes de vies humaines causées par des idéologies totalement opposées à la notion de Dieu ont été largement plus nombreuses que celles occasionnées par les guerres religieuses. On n’a qu’à penser aux régimes de Joseph Staline (42 millions), Mao Tsé Toung (37 millions), Adolf Hitler (20 millions), Chiang Kai-shek (10 millions), Vladimir Lénine (4 millions), Hideki Tojo (4 millions), Pol Pot (2,4 millions)… et on pourrait continuer ad nauseam (Source: R. J. Rummel, Lethal Politics, 1990 et Death by Government, 1997; Wikipédia: List of wars and anthropogenic disasters by death toll). On est tout de même très loin du raisonnement fallacieux de Sam Harris qui accuse la religion d’être la principale cause de violence dans le monde. En fait, il semble que ces régimes politiques non religieux pourraient donner des leçons de violence aux intégristes de l’État islamique. D’ailleurs, on peut supposer que si les théistes étaient intrinsèquement aussi violents que certains athées le prétendent, il n’y aurait tout simplement plus d’athées!

Mais l’erreur de logique avec cet énoncé, c’est que le danger ne réside pas dans la scie mécanique en tant que telle, mais plutôt dans le tueur en série, qui constitue une menace même avec un couteau à beurre!

Jocelyn Maclure, professeur de philosophie à l’Université Laval, a récemment écrit sur le sujet: «Le « court vingtième siècle » décrit par l’historien Eric Hobsbawn a été d’une violence inouïe. Mais comme les intérêts géopolitiques concurrents des grandes puissances européennes ont été le moteur des deux guerres mondiales et que les régimes totalitaires fascistes et communistes n’étaient pas mus par la religion — l’URSS et la Chine de Mao étaient même officiellement athées —, on ne peut maintenir de façon crédible que la religion est la source principale des conflits les plus meurtriers du XXe siècle. Comme la période de la Terreur et l’usage immodéré de la guillotine qui ont suivi la Révolution française le rappellent tragiquement, il est même possible de tuer au nom des Lumières et de la Raison». (La religion mène-t-elle à la violence?, L’Actualité, 2 jan. 2015)

Tout cela me rappelle le commentaire incisif et méprisant de l’athée qui affirmait que «l’humanité sans religion, c’est comme un tueur en série sans scie mécanique». Lorsque je l’ai entendue pour la première fois, cette remarque m’a troublé, et je dois admettre que les crimes animés par des motifs religieux nous choquent davantage et alimentent facilement le cliché que la religion mène nécessairement à la violence. Mais l’erreur de logique avec cet énoncé, c’est que le danger ne réside pas dans la scie mécanique en tant que telle, mais plutôt dans le tueur en série, qui constitue une menace même avec un couteau à beurre! Pointer du doigt la religion, c’est témoigner de naïveté, car c’est le tueur en série qui a besoin d’aide… et je ne peux m’empêcher de penser que l’humanité, représentée par ce tueur, a justement besoin de l’aide de Dieu pour être transformée.

J’admets volontiers que plusieurs se sont servi de prétextes religieux tantôt pour assouvir leur soif de pouvoir ou de gloire, tantôt pour satisfaire leur appétit sexuel. Mais le problème est d’abord dans le cœur de l’homme avant d’être dans une religion. Comme le disait Jésus, «c’est du cœur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les impudicités, les vols, les faux témoignages, les calomnies». Personnellement, en tant que chrétien, je crois qu’être disciple de Jésus (si l’on peut appeler ça une «religion»), cela fait partie de la solution et non pas du problème.

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