Le monde en questions: #YOLO vs #YODO

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Depuis sa création, le hashtag #YOLO (You Only Live Once ou «On ne vit qu’une fois») a été twitté plus de 20 millions de fois. À son apogée, on l’a utilisé 388 000 fois en 24 heures. C’est le carpe diem moderne. «Profite du moment présent. Vis comme si demain n’existait pas. Tire le maximum de chaque jour.» Certains l’utilisent comme une excuse pour justifier des excès, en tweetant, par exemple, «Yo gang!! Je mange du poulet cru en faisant du wheelie sur ma moto!!! #YOLO !!!».

On a parfois l’impression que la meilleure manière de tirer parti de la vie, c’est de vivre des expériences intenses où nos émotions sont au plafond, car demain, il sera trop tard. Mais est-ce que c’est vraiment la meilleure manière de profiter de la vie? Après tout, c’est quoi la vie? Boire autant qu’on peut? Expérimenter le «vrai amour» au moins une fois dans sa vie, même s’il faut tromper son conjoint? Voyager, quitte à s’endetter pour le reste de sa vie?

Profiter de la vie, c’est bien beau, mais ce n’est pas tout: vivre, c’est aussi être condamné à mourir. D’ailleurs, quelque temps après l’apparition de YOLO, certains ont riposté au laxisme encouragé par cet adage en lançant l’acronyme «YODO» (You Only Die Once ou «On ne meurt qu’une fois») – un équivalent contemporain de la locution latine memento mori («souviens-toi que tu vas mourir»).

L’autruche moderne

Notre génération se targue d’être libératrice de l’expression et délatrice de la censure. Pourtant, il est de ces sujets que l’on cherche à éviter à tout prix. La mort en fait partie. Et dans un sens, je comprends très bien cette réticence.

Face à la mort, il semble que les approches se polarisent. D’un côté, YOLO: tu n’as qu’une vie. Profite donc à fond d’aujourd’hui sans t’inquiéter de demain ni de la mort. De l’autre, YODO: ta vie peut prendre fin d’un jour à l’autre. Tu ferais donc bien de penser à demain, et à la mort.

Force est de reconnaître que nous vivons dans un monde de confort artificiel.

Malgré ces tendances, je ne crois pas que nous soyons condamnés à adopter strictement l’une ou l’autre de ces deux approches. Je ne crois pas qu’on ait à agir comme si demain n’existait pas ni comme si aujourd’hui n’était qu’une illusion. Selon moi, profiter de la vie, c’est agir aujourd’hui à la lumière de demain.

Un monde artificiel

Toutefois, force est de reconnaître que nous vivons dans un monde de confort artificiel. Nous sommes parmi les premiers êtres humains qui peuvent s’offrir le luxe de ne pas penser à la mort, et même de la traiter comme un tabou. Les gens meurent loin de la plupart d’entre nous, dans des chambres d’hôpital aux portes closes. Le Québécois moyen est rarement exposé à la réalité de la mort. Alors, en parler c’est inutile, absurde et embarrassant.

Mais est-il utile de maintenir ce climat de déni? J’en doute. Éloigner ces choses qui nous troublent peut nous aider à éviter les malaises. Or, cela ne déracine pas les questionnements bien profonds qui sont propres à l’Humain. Ça nous empêche d’en parler, et ça, je ne crois pas que ce soit bénéfique, surtout lorsqu’on est à un moment de notre vie où on se pose des questions, et qu’on sent qu’on n’a personne vers qui se tourner, parce qu’on a peur de déranger.

Être heureux: oui, mais…

Bien sûr, j’aime la joie de vivre et je désire être heureuse, et voir les autres être heureux. Mais je désire l’être de manière à la fois lucide et sereine face à nos limites existentielles. Je voudrais que nous sachions briser le silence entourant ces questions qui touchent profondément l’Humain, et que nous sortions ainsi du mutisme claustral dans lequel nous nous sommes collectivement emmurés.

J’aimerais qu’on se sente à l’aise de se poser les vraies questions et d’y chercher de vraies réponses, même lorsque cela implique de prononcer des mots comme «la mort», «l’au-delà» et même «Dieu». Et, bien que chercher une «vraie» réponse aux questions existentielles (une réponse exclusive) semble être le péché de ce siècle, je pense que l’on ne devrait pas se gêner de le faire. Soyez rassurés, je ne préconise pas un retour au carcan des institutions religio-politiques du passé. Non, ce qui m’intéresse, c’est de surmonter l’apathie et le cynisme de notre siècle pour poursuivre l’espoir de pouvoir un jour connecter avec l’Être transcendant. Parce qu’après tout… «You only live once»!

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