Le touriste trifluvien: Du cocktail météorologique au cocktail calorifique

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Antoine Gervais

Bien le bonjour, c’est assis à la bibliothèque de l’université, derrière l’écran de mon ordinateur portable, que je rédige cette deuxième chronique. J’ignore si c’est parce que le seul son qui me déconcentre est celui de la pluie verglaçante qui s’abat violemment sur les vitres ou si c’est parce qu’il est 16h30 et que la noirceur est déjà tombée à l’extérieur, mais je suis amorphe. En fait, j’ai l’impression que dame nature a récemment été engagée par une agence de voyages. Envahissante et motivée, elle semble tenter chaque jour de nous donner des raisons d’évasion, de partir en voyage sur un plateau d’argent, à grandes pelletées de mauvais temps.

Je tenterai malgré tout de faire abstraction du bruyant déluge et de vous transporter, l’espace de quelques minutes, dans une température et une atmosphère tout autre. Comme prochains textes, pour établir un lien logique et cohérent avec le premier, j’ai décidé d’aborder différents types de voyage. Du plus confortable des tout-inclus à la plus impondérable des expéditions en passant par la croisière, je crois qu’ils méritent tous qu’on s’y attarde.

Aujourd’hui, nous nous envolerons littéralement et littérairement dans un voyage de luxe. Pourquoi ne pas oublier, vous aussi, l’espace de quelques paragraphes, la température et vous laissez bronzer par ce mode de vie utopique et momentané dans lequel plusieurs excursionnistes alternent coups de foudre et coups de soleil?

La pluie, le verglas, la neige… que de bonnes raisons pour se permettre d’avoir la tête dans les nuages!

Rien de tel pour rêvasser, selon moi, que de simplement songer à ce genre de voyage. C’est d’ailleurs ce qui est merveilleux avec l’imaginaire. À l’aide d’un mélange juste assez bien dosé d’abstraction et de capacité à fabuler, il est possible de voyager les yeux fermés. D’ailleurs, il s’agit du meilleur remède, du sérum indétrônable pour contrer la maladie d’hiver, celle qui, pour plusieurs, peut sembler incurable.

Comble de l’expérience reposante et permettant de se ressourcer, la formule tout inclus semble avoir, contrairement à la météo actuelle, tout pour plaire. Difficile de trouver plus simple comme formule : un coût unique donnant droit à la totalité des commodités d’un complexe ou d’un navire d’une croisière.

Pour les étudiants.es universitaires, qui se démènent corps et âme à la réussite de leurs cours, qui multiplient les longues heures de travaux et les incalculables périodes d’étude durant quinze longues semaines à deux ou trois reprises durant l’année, la formule tout inclus peut s’avérer salutaire. Imaginez-vous un instant vous ressourcer au soleil, vous prélasser à la piscine ou vous abandonner à la plage. N’avoir rien d’autre à étudier que l’horaire de la journée savamment mise sur pied par les gentils.les organisateurs.ices (G.O) d’un tout inclus.

À 13h00, le volley-ball. Ce n’est pas votre sport? Vous n’aurez qu’à patienter jusqu’à 15h30 où une séance de yoga sera organisée. Le yoga n’est pas votre tasse de thé? Profitez donc de ce moment pour faire comme les Anglais.es et boire la vôtre. Un spectacle rustique vous attendra en soirée, histoire de vous dilater la rate et d’aider votre estomac à digérer le gargantuesque repas que vous aurez ingéré et savouré. Vous préférez vous faire dorloter? Pas de problème, optez donc pour un massage. La belle vie, vous me direz! La Dolce Vita, je vous répondrai! Rien de compliqué, tout y est si simple, bien qu’éphémère. Disons que nous sommes bien loin des cadres théoriques étalés de long en large dans l’un de vos livres trop dispendieux (tenons-le-nous pour dit).

La belle vie, vous me direz! La Dolce Vita, je vous répondrai!

Afin de poursuivre l’évasion imaginaire par laquelle vous et moi tentons de fuir le mauvais temps, imaginez-vous confortablement installés sur une chaise longue plutôt que sur une chaise de plastique instable d’une salle de classe. À défaut d’entendre ronronner le vieil ordinateur mis en veille devant la classe, vous auriez, comme seule trame sonore, le bruit des vagues qui s’amarrent en venant s’échouer sur le sable mouillé à un intervalle régulier. Les conditions ne seraient-elles pas idéales pour vous mettre en veille?

Tandis que vous somnolerez tranquillement, que le soleil commencera à vous brunir la peau et à vous chauffer l’épiderme sur un coin reculé de la plage, vous vous ferez réveiller par un serveur sympathique qui vous demandera, le front perlant d’une mixture hydrique issue de labeurs et de chaleur, ce qui vous ferait plaisir afin de vous abreuver. L’espace de votre séjour, Mojitos, Pina Colada et Daïquiris remplaceront sans complexe Pabst, Pilsner et Boréale.

Le réveil qu’il vous aura fait subir, bien que brutal, sera pardonné dès l’instant où il vous servira le breuvage coloré dont la palatabilité semblera rehausser simplement par sa présentation toute sauf simple. Tandis que vous fixerez le parasol échoué sur le contour sucré du verre, le serveur réajustera le vôtre en fonction de la stratégie déployée par le soleil pour déjouer votre autobronzant. Contenté.e, vous lui donnerez un pourboire généreux, il le refusera gentiment, mais ne vous en sera pas moins reconnaissant.e. Le sourire qu’il abordera à ce moment précis vous fera comprendre que l’argent, là-bas, est loin d’acheter le bonheur comme ici.

Les minutes et les heures passeront. Sans même que vous vous en rendiez compte. Tout le contraire de ce qui se passe en cours à l’université. Le soleil, jaloux comme un tigre, de vous voir profiter de lui ainsi, voudra faire comme vous et commencera tranquillement à vouloir se coucher lui aussi. Vous vous retournerez, légèrement endolori, vers le panorama qui sera beaucoup plus attrayant que celui noir et blanc de votre enseignant.e. Le contraste entre l’écran inexpressif de la classe et les couleurs des rayons du soleil qui miroiteront sur l’eau plus ou moins calme de la mer vous fera sourire. Vous prendrez une dernière gorgée de votre consommation devenue chaud malgré les efforts du petit parasol déteint.

Tandis que vous fixerez le parasol échoué sur le contour sucré du verre, le serveur réajustera le vôtre en fonction de la stratégie déployée par le soleil pour déjouer votre autobronzant.

Dur retour à la réalité. Une autre alerte impertinente sur Facebook vous ramène au Québec. C’est votre ami.e qui vous envoie une photo de lui ou elle en voyage dans le sud en prenant bien soin d’y ajouter « bonne journée » surmonté d’un clin d’œil. Hypocrite, vous appuyez sur le pouce en l’air même si vos émotions face à sa situation sont mitigées, envieuses. Vous constatez le retard pris dans vos obligations académiques. Vous soupirez, revenant à vos moutons après les avoir comptés sur la plage quelques lignes plus hautes. Vous vous promettez qu’un jour vous vous octroierez vous aussi ce genre de répit paradisiaque.

Je termine d’écrire ces lignes au moment précis où je vois, à quelques mètres de moi, de l’autre côté de la vitre qui me protège du déluge, la déneigeuse qui vient d’ajouter une autre bordée de neige à l’amas déjà trop gros derrière mon véhicule, le même qui obstruera et retardera mon départ dans quelques minutes. Je soupire en me réjouissant qu’au moins, en l’espace d’une chronique, toute cette neige est disparue.

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