L’Écon’homme: Le plus vieux travail du monde

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Étienne Desfossés – Chroniqueur économique

« L’industrie du travail du sexe existe principalement parce qu’il y a une demande. Toutefois, offrir ce service contre rémunération est perçu comme moralement plus répréhensible que d’y recourir, c’est dans cette ambivalence que l’on perçoit le sexisme ordinaire. En bref, ce sexisme « bienveillant » est dangereux lorsqu’il permet de mettre en place des réglementations sur le corps des femmes. Ces réglementations mettent en danger la vie de femmes, déjà largement marginalisées, et les empêchent d’avoir recours à la loi pour se défendre, les rendant davantage vulnérables. Travailler, c’est vendre sa force de travail: le travail du sexe consiste en la même chose » – Maxime Desfossés.

C’est ce que Maxime Desfossés, étudiante en sociologie, mais aussi ma sœur, m’a dit lorsque je lui ai expliqué autour de la table familiale, que je souhaitais éventuellement traiter le sujet de la prostitution dans le cadre de ma chronique. La prostitution est un emploi très ancien, les premières traces de celui-ci remontent à la création de l’écriture, en Mésopotamie, ce qui nous permet de croire que c’est une profession qui date de la nuit des temps. Cette semaine nous survolerons les impacts économiques de la prostitution, laissant le côté plus idéologique et politique à ma collègue, Valérie Deschamps, de la chronique « On jase, là! » qui a su résumer la chose d’une main de maitre.

Prostitution et économie…

Drôle de mélange me direz-vous? Pourtant c’est une excellente question à étudier, vous m’en donnerez des nouvelles! La prostitution n’est pas un métier comme un autre de par la structure et les lois qui l’encadrent. Comme on le sait, ce métier est toujours illégal, ce qui en fait un objet d’analyse complexe.

La prostitution est un emploi très ancien, les premières traces de celui-ci remontent à la création de l’écriture, en Mésopotamie.

Le prix de l’amour

Levitt et Dubner (SuperFreakonomics, 2011) ont étudié la prostitution et son évolution à travers le temps. Il en est ressorti qu’au début du 20e siècle Chicago était la ville de choix pour ce business. Les femmes, car à l’époque les hommes n’étaient pas encore sur le marché, agissaient telles de vraies entrepreneures. D’ailleurs, à cette époque, une femme sur cinquante affirmait pratiquer ce métier et celle-ci pouvait gagner l’équivalent aujourd’hui de 25 à 75 mille dollars par année. Or, les gouvernements se sont intéressés à ce domaine d’activité et l’on prohibé fortement, poussant plusieurs travailleurs.ses à abandonner le métier. Ainsi, devant cette offre diminuée, un effet de marché a joué et les prix ont grimpé en flèche. Toutefois, depuis que ces prix ont redescendu, une étude de Venkatesh et Rosen (2008) démontre que les salaires ont dégonflés : un.e travailleur.euse du sexe qui travaillera 13 heures en 2008 obtenait en moyenne 350$, soit un peu plus de 25$ par heure, ce qui explique surement le fait que la plupart des travailleurs.euses interrogés.es avaient un deuxième emploi.

Les impacts économiques

Dans un tout autre ordre d’idée, l’illégalité introduit une non-comptabilisation des activités économiques. Ainsi, il est difficile de mesurer la dimension que prennent ces activités, qui sont loin de faire l’objet de rapports d’impôts, qui en permettrait la mesure.  Ainsi, l’activité économique que représente la prostitution est difficile à mesurer, mais aussi très coûteuse pour la société. En effet, les coûts médicaux associés à certaines activités non-protégés sont élevés pour la société, mais la tentative de répression l’est elle aussi. Ainsi, on introduit ici le principe d’externalités. Les travailleurs.euses du sexe ne tiennent pas en compte les coûts médicaux qui pourraient être nécessaires, car ils sont bénéficiaires de l’assurance-maladie, comme nous tous et à juste titre. Toutefois, le coût sociétal n’est pas pris en compte et aucun tarif n’est exigé pour ce coût. Si la prostitution était légalisée, on pourrait, par exemple, imposer une taxe comme l’on fait pour tous les produits à coût social, comme dans le cas de l’essence pour compenser les gaz à effet de serre ou encore la taxe supplémentaire sur la cigarette. On pourrait donc imposer une taxe pour les coûts sociétaux.

L’activité économique que représente la prostitution est difficile à mesurer, mais aussi très coûteuse pour la société.

Mis à part les désavantages sociaux, il y a également les désavantages pour les travailleurs.euses eux-mêmes, qui doivent conjuguer avec des emplois non-légiféré. Dans ces conditions, on parle d’absence du droit aux normes du travail. Ainsi, il n’y a pas de protections ou de légiférations encadrants le contexte de travail de ces travailleurs.euses, car si celles-ci ou ceux-ci dénoncent leur employeurs.euses, ils peuvent se retrouver dans de beaux draps, sans oublier les répressions des employeurs.euses eux-mêmes. Ainsi, on trouve un modèle de marché du travail ou, dès son entrée, tout le pouvoir revient à l’employeur.euse, limitant fortement la négociation de salaire ou d’avantages sociaux, pour peu qu’il soit même possible d’en avoir.

Pour conclure, la prostitution n’est pas un sujet simple à traiter, car il s’agit d’un sujet de débat de société, mais regorge tout autant de questions économiques. C’est pourquoi il est intéressant de s’y arrêter et de voir ses impacts.

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Sources:

Levitt, Steven D. Super Freakonomics : Global Cooling, Patriotic Prostitutes, and Why Suicide Bombers Should Buy Life Insurance. New York :Harper Perennial, 2011. Print.

Rosen  E. et Venkatesh S.  A. (2008), « A « perversion » of choice. Sex work offers just enough in Chicago’s urban ghetto », Journal of Contemporary Ethnography, vol. 37, no 4, p. 417-441.

https://www.herodote.net/prostitution-mot-481.php

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