L’Écon’homme: On s’intéresse aux fonds souverains

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Étienne Desfossés – Chroniqueur économique

L’Écon’homme c’est une dose régulière d’économie, souvent pigée dans l’actualité, mais aussi suivant les idées que vous pouvez me fournir. Il y aura bientôt un an, l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) soulignait l’arrivée d’une nouvelle professeure vedette, spécialiste de la décomposition des corps. Or, l’arrivée d’une autre professeure, toute aussi compétente et experte dans son domaine, a été beaucoup moins publicisée. Madame Zeineb Ouni est professeure au Département de finance et économique, spécialisée dans le domaine de la finance internationale. Je suis allé à sa rencontre et je vous rapporte, aujourd’hui, les conclusions que j’ai tirées de cette discussion forte intéressante. Mme Ouni a réalisé sa thèse doctorale en se spécialisant sur le sujet des fonds souverains, un sujet assez passionnant.

Qu’est-ce qu’un fonds souverain?

Madame Ouni m’a d’entrée de jeu spécifié qu’ « une définition commune et universelle n’existe toujours pas. D’ailleurs, le manque d’une définition claire et précise rend la recherche au sujet des fonds souverains problématiques. Cependant, et généralement, on définit un fonds souverain comme étant un fond qui est créé et géré par son État souverain. D’où le nom des fonds souverains ».Ces fonds, prennent nature par l’accumulation de richesse, soit  par l’exploitation des ressources naturelles (par exemple l’argent résultant du pétrole) ou par les gains d’accumulations de devises étrangères. Leur but étant de garder des richesses pour les générations futures et se protéger de leur dépendance aux ressources naturelles. La professeure m’a d’ailleurs donné l’exemple de l’Arabie Saoudite, qui travaille actuellement sur la création d’un fonds avec un budget de 2000 milliards dont l’objectif est de libérer l’économie du pays de sa dépendance envers des rentes du pétrole.  Un exemple plus près de nous est le fond des générations, qui est lui-même un fonds souverain. Au niveau du reste du Canada, seule l’Alberta possède aussi un fonds souverain, il n’y a rien de semblable au niveau fédéral, toutefois le Canada est un pays d’accueil pour les fonds souverains et reçoit des investissements de ceux-ci régulièrement.

Une définition commune et universelle des fonds souverains n’existe toujours pas.

Quelle place occupent-ils dans la chaine alimentaire de la finance?

Les fonds souverains sont d’énormes investisseurs institutionnels et de ce fait, ceux-ci investissent des sommes colossales et souvent à très long terme, ce qui en fait des acteurs stabilisateurs des marchés financiers. Zeineb Ouni soutient d’ailleurs cette idée par l’entremise d’un exemple très parlant, elle mentionne  « ils ont sauvé plusieurs de firmes occidentales, durant la crise des subprimes, en 2008. Selon certaines sources, ils ont injecté plus de 90 milliards de dollars pour sauver plusieurs institutions occidentales et américaines de la faillite (Citigroup, Morgan Stanley et Merrill Lynch)». En contrepartie, les fonds souverains sont partout, présents dans plus d’une entreprise sur cinq à travers le monde, ceux-ci pèsent actuellement pour environ 7.6 billions de dollars, excluant le nouveau fonds de 2 billions que met sur pied l’Arabie Saoudite. De plus, les fonds sont en croissance soutenue, ce qui rend leur étude encore plus importante.

Ils ont sauvé plusieurs de firmes occidentales, durant la crise des subprimes, en 2008.

Mais à quel prix?

Cependant, Mme Ouni soulève certains risques quant à la transparence des fonds. En effet, on ne sait pas si les fonds investissent toujours dans un but de haut rendement ou si parfois le but est plus politique ou même stratégique. Parallèlement, certains fonds souverains pourraient avoir comme but d’investir dans des secteurs stratégiques de l’économie de pays partenaire. Par exemple, investir dans une entreprise œuvrant conjointement avec la défense nationale ou dans un secteur économique important. Ainsi, ce manque de transparence des fonds souverains quant à leur but, crée une incertitude et soulève des questionnements.

Madame Ouni propose plusieurs solutions afin de limiter les risques des investissements des fonds souverains « limiter le pourcentage de participation, ne pas donner des sièges dans le conseil de participation, ne pas vendre des actions avec droit de vote, limiter leur présence dans les secteurs stratégiques […] il faut exiger plus de transparence. Donc, il faut inciter les fonds souverains à suivre le modèle du fond de la Norvège pour améliorer leur transparence et leur gouvernance. Ceci permet d’apaiser et de rassurer les firmes et les pays qui reçoivent leurs investissements ». En résumé, nous observons de gros joueurs qui apparaissent sur les marchés financiers et nous ne savons pas trop ce qu’ils veulent, de quoi être incertain!

C’est ce qui conclue la chronique d’aujourd’hui, fruit d’une entrevue avec Madame Zeineb Ouni, PhD et professeur au département de Finance et Économique de l’UQTR. C’est grâce à son expertise qu’un tour d’horizon sur les fonds souverains a été rendu possible et je tiens à remercier sa précieuse collaboration.

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