Les mains sales: Les fluctuations de la castration

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La tension se fait toujours grave quant à la vision que nous avons de la masculinité en tant que société. Pour ceux qui l’ignorent (et beaucoup semblent l’ignorer), le 19 novembre est considéré comme la Journée internationale de l’homme.

Malheureusement, cette journée n’est habituellement qu’évoquée le 8 mars et passe sous silence le jour où elle se devrait d’être. Le problème dans tout ça… le 8 mars est la Journée Internationale des droits des femmes. Où je veux en venir ici, c’est que les problèmes liés à la masculinité sont toujours évoqués dans une attitude négative, pour rétorquer de manière abrasive sur la très courte représentation accordée aux femmes.

Néomasculinisme et castration psychologique

Il y a de cela quelques années, deux bonnes amies à moi présentaient une conférence lors d’un colloque d’histoire. La conférence était intitulée : « Le masculinisme au Québec : un possible mouvement social? ». Le travail, actuel plus que jamais, était de dénoncer les mouvements masculinistes tenant des propos misogynes et/ou antiféministes. Dans leurs recherches, elles ont trouvé que les groupes n’étaient pas qu’exclusivement négatifs et qu’il y avait des groupes qui prônaient non plus une haine des femmes, mais bien un néomasculinisme, fondé sur la création de réseaux d’entraide entre hommes.

Le rapprochement fait par les critiques du féminisme vient trop souvent associer la masculinité toxique à la virilité.

Il y a de cela deux semaines, Nathalie Elgrably-Lévy, chroniqueuse au Journal de Montréal, proposait une chronique intitulée Castration psychologique. Dans cette chronique, Elgrably-Lévy utilise les statistiques de détresse psychologique masculine comme argument pour dénoncer ce qu’elle appelle « l’évangile néoféministe ». Selon elle, ce mouvement social serait responsable d’une misandrie latente dans nos sociétés occidentales, et les vrais hommes seraient réprimés. La chronique, partagée par de multiples pages conservatrices, porte en étendard les valeurs de la virilité perdues et l’émasculation des hommes par les mouvements féministes.

Monolithisme

Le problème ici est dans la représentation monolithique des concepts évoqués. Elgrably-Lévy ratisse large en utilisant le terme « féministes » et « néoféministes » sans les expliquer, afin de tourner sa chronique d’opinion à son avantage. Les groupes féministes sont aussi variés que les partis politiques, tous ne partagent pas les mêmes idées. À l’instar des autres mouvements sociaux, les mouvements ont tendance à argumenter et théoriser des nuances de leur idéologie. Il est donc complètement absurde de tous les mettre dans le même panier que, par exemple, Valerie Solanas (féministe extrémiste des années 60)… au même titre qu’il est absurde de parler des hommes et des femmes comme étant des essences où tous les individus possèderaient les mêmes particularités.

Encourager l’entraide et la fraternité au lieu d’ostraciser ceux qui ne sont pas assez hommes.

La généralisation abusive et l’usage de concepts non définis sont dangereux. Même le concept de la virilité, que Elgrably-Lévy veut protéger, est un concept changeant qui a évolué à travers le temps. La virilité a une longue histoire, décrite dans l’ouvrage en trois tomes, L’histoire de la virilité sous la direction de Courtine, Vigarello et Corbin. La virilité fut à la fois l’apanage du guerrier, du chevalier, du courtisan, de l’élégant et des tyrans. Elle est difficile à définir et le rapprochement fait par les critiques du féminisme vient trop souvent associer la masculinité toxique à la virilité.

Réseau d’aide entre hommes ou comment se réapproprier la virilité

Les mouvements féministes ne luttent pas contre la virilité. Ils luttent contre le machisme, le sexisme, la violence faite aux femmes et la discrimination. Ces attitudes, nuisibles aux femmes, le sont tout autant pour les hommes. Ceux qui n’ont pas la force physique d’un lutteur et qui paraissent « faibles », ceux qui ne sont pas hétérosexuels et pour qui leur valeur masculine est toujours remise en cause, ceux de qui on doute toujours de leur hétérosexualité, car ils présentent des caractéristiques et des intérêts différents de ceux typiquement masculins ? Tous ces problèmes sont des causes de la détresse psychologique des hommes. C’est la honte de ne pas être assez homme, de ne pas remplir les standards.

Les mouvements féministes ne luttent pas contre la virilité. Ils luttent contre le machisme, le sexisme, la violence faite aux femmes et la discrimination.

Les problèmes des hommes sont bien présents dans notre société, et ce n’est nullement l’ambition des mouvements féministes que de dédramatiser ces problèmes. Cependant, il est malsain que ces problèmes ne soient qu’évoqués dans le but de nuire à la dénonciation de problèmes touchant les femmes.

Toute l’énergie doit être canalisée de façon positive, afin que les réalisations des femmes ne servent pas de prétexte pour dénoncer les actions des femmes, mais bien qu’ils s’encouragent entre hommes, à faire des groupes d’entraides et de soutien pour lutter contre cette détresse psychologique, produit de multiples causes, mais principalement de la masculinité toxique et de la société de la consommation. Les hommes doivent se réapproprier cette virilité saine et positive et encourager l’entraide et la fraternité au lieu d’ostraciser ceux qui ne sont pas assez hommes.

J’aimerais remercier mes amies Fannie-Hamel Thibeault, Valérie Deschamps et Laurence Daneault-Flageol, par qui cette réflexion fût inspirée. Lecteur.trice.s, on se voit à la session prochaine, histoire de se salir les mains !

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