Les mains sales : Santé mentale dans un hiver derrière l’écran

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Mains sales
Crédit image: Sarah Gardner

On annonçait cette semaine que les mesures sanitaires des zones rouges allaient être prolongées jusqu’au 23 novembre 2020. Pour ne pas aider à la chose, l’automne arrive et l’heure reculera bientôt.

Tous les échecs de la situation, associés avec la fin des beaux jours, nous indiquent que cet hiver pandémique s’annonce extrêmement difficile pour une grande majorité de gens.

La pandémie nous aura appris une chose: ce n’est pas si évident que ça, regarder un écran toute la journée. Quand je suis sorti de l’université en avril 2018 pour travailler sur la formation d’un calendrier historique, j’en ai fait les frais.

Conçu pour fêter les 50 ans d’une équipe de sport local, j’ai passé quelques jours à regarder environ 1000 photos de hockey, par jour. Pas évident, surtout quand on n’aime pas trop le hockey à la base (bon, là, je risque de perdre une partie de mon lectorat, mais peu importe). Le résultat de cette recherche: un rendez-vous chez l’optométriste. Mais bon… Pourquoi je vous raconte tout ça?

La santé mentale est un choix… pas vraiment

Plusieurs se plaignent, avec raison, de notre nouvelle vie derrière l’écran. Après avoir échappé un peu à la solitude pendant l’été, la communauté étudiante est retournée sur les bancs d’école, ou bien alors derrière la caméra. Même si la situation plait à certainEs, comme les autodidactes, les parents et celleux qui allient travail à temps plein à études à temps plein, les effets sur la santé mentale sont démontrés.

La santé mentale est l’enfant pauvre de la santé au Québec.

On le sait, la santé mentale est depuis longtemps l’enfant pauvre du système de santé au Québec. Cette situation est surement en partie due aux grands préjugés qu’on entend ad nauseam. Que ce soit parmi les jeunes ou les moins jeunes, ils sont légion. «T’as juste à ne pas y penser», «Ce n’est pas si grave que ça», «Je ne comprends pas les gens dépressifs, ils gâchent leur vie parce qu’ils sont tristes?»

Bien que tous les préjugés ne soient pas de mauvaise foi, ils ont la vie dure. Une dépression, ce n’est pas comme une cheville cassée, c’est trop abstrait. L’anxiété, ce n’est pas comme n’importe quelle autre maladie chronique. Bref, le chemin est long encore. Surtout lorsqu’on sait que les réclamations d’assurances en santé mentale sont difficiles à avoir.

À un certain point qu’il n’est presque pas abusif de dire que si vous êtes capables de remplir la demande d’indemnisation, vous êtes «vraiment» dépressif! Comme l’exprime si bien l’écrivain Samuel Archibald : « Le dépressif rêvé par les compagnies d’assurances est celui qui serait juste incapable d’effectuer une réclamation, y compris parce qu’il serait mort. »

La tyrannie de l’écran

Les différentes chaînes de télé n’ont pas cessé ces derniers temps de nous présenter la détresse de la population étudiante, d’une part, et, de l’autre, la difficulté de l’enseignement, avec l’isolement, le manque de contacts. Quel est l’intérêt d’enseigner à une bande de carrés noirs? Cette situation semble toucher uniquement les enseignants et enseignantes de cégep et d’université. Mais elle touche aussi les équipes d’enseignement de secondaire 3 et plus, ainsi que les enseignants et enseignantes de primaire, à l’occasion.

Comment on enseigne à des enfants de 5 à 6 ans par vidéoconférence?

Lorsqu’il y a une éclosion en classe, les enfants sont renvoyés chez eux un certain temps, et puis on peut les réintégrer s’il n’y a pas d’autres infections. Entretemps, est-ce que quelqu’un peut m’expliquer comment on enseigne à des enfants de 5 et 6 ans par vidéoconférence?

Entre 20 et 25% des adultes comptent des symptômes associés à un trouble d’anxiété généralisé ou une dépression majeure. Parmi les conséquences de ces troubles, on retrouve notamment les troubles alimentaires, l’alcoolisme, la toxicomanie, ce qui encourage un cercle vicieux. Certaines personnes diront: «Va au gym pis prend des bonnes habitudes de vie». Ça va peut-être pour certainEs, mais ces habitudes, bien que bénéfiques, ne remplacent pas un traitement en bonne et due forme. Surtout que les gyms sont fermés, on oublie!

Troubles anxieux et revitalisation des services

Mais qu’en est-il de l’accès aux soins? Assez difficile. Les demandes aux services d’aide à la santé mentale débordent, c’est notamment le cas des services dans les cégeps, qui ne fournissent plus pour tous les appels. La présidente de l’Union étudiante du Québec, Jade Marcil, craint le pire pour la suite : «On craint que la formation à distance et l’absence de socialisation, surtout en zone rouge, ne viennent accentuer le phénomène.»

L’attente actuelle pour l’aide psychologique dans le réseau public vacille entre 18 et 24 mois.

Il a été annoncé ce matin que 25 millions de dollars seront investis dans la santé mentale au Québec. Ce plan d’action sera censé aider à l’accessibilité des services. Il est souligné que plus de 5000 jeunes attendent présentement. Selon les statistiques, l’attente actuelle pour la prise en charge dans la santé publique vacille entre 18 et 24 mois pour avoir de l’aide, ce qui est bien évidemment trop long.

En attendant que les choses changent, passez un peu de temps à faire autre chose qu’être devant l’écran pour échapper aux télé-études, télétravail, téléspectacles, télévie sociale du moment. Surtout, si vous êtes en attente de réclamation, ne publiez pas votre nouveau passe-temps sur les réseaux sociaux!

Nous finirons par sortir du noir. Peut-être.

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