Retour aux études : La volonté comme ressource

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Véronique Houle et sa fille Charlotte. Crédit photo Facebook.

Plusieurs personnes se remettent en question lorsqu’elles avancent tranquillement en âge. Elles se demandent si elles ont fait les bons choix professionnels et si elles ne pourraient pas faire autre chose pour gagner leur vie. Le retour aux études peut alors devenir une option. Mais une petite voix dit à ces personnes qu’il est sans doute trop tard, qu’elles ont des responsabilités familiales à assumer. Le sentiment qu’elles ne seront pas à leur place dans une classe de jeunes peut également en freiner plusieurs.

Débuter ou recommencer une formation universitaire dans la trentaine, ou la fin de la vingtaine demande donc une certaine dose de volonté et de courage. Zone Campus est allé à la rencontre de quelques étudiants et étudiantes ayant pris la décision de se renouveler ou tout simplement de se perfectionner. Premier d’une série de deux textes.

Le parcours de Véronique Houle

Véronique Houle a pratiqué les soins infirmiers durant 12 ans avant d’entreprendre son baccalauréat à l’UQTR. De retour dans la région, après un séjour à la Baie-James où elle a travaillé auprès de la communauté crie, Véronique décide de prendre un nouveau départ. «J’étais allée porter mon CV un peu partout et on me demandait si j’avais le bac… En étant mère monoparentale, on est considérée comme temps plein à partir de deux cours. C’est aidant pour les prêts et bourses. Je me suis lancée!».

Contrairement à la majorité des infirmières qui continuent de pratiquer lorsqu’elles entreprennent des études universitaires, Véronique a préféré se concentrer uniquement sur sa formation. «J’étais fatiguée mentalement et me retrouver avec ma fille à ce moment-là, c’est le meilleur beat que je ne pouvais pas avoir! »

Et si Véronique a eu quelques petites remises en question avant de débuter son nouveau parcours, les doutes se sont rapidement dissipés grâce aux hasards de la vie. «J’ai porté assistance à un homme qui venait de se faire frapper par une voiture et me suis sentie à ma place. J’ai fait ce qu’il fallait. Et une fois revenue à la maison j’avais reçu la lettre d’acceptation dans mon courrier!»

«C’est le meilleur beat que je ne pouvais pas avoir!»

-Véronique Houle

De cadre à la fonction publique à enseignante

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L’étudiante à la maîtrise en enseignement Paulette Merae.

Paulette Merae est diplômée en univers social (Histoire) de l’Université de Yaoudé 1 au Cameroun. Elle a été employée de l’état, au ministère des Affaires foncières avant de quitter son emploi en 2011.

Elle immigre au Québec en 2013 par amour et prend ensuite la décision de devenir professeure. «C’était comme un appel. Une vocation».

Après avoir donné naissance à un deuxième enfant, elle complète un certificat en psychoéducation à l’UQTR en 2019, avant de poursuivre au baccalauréat en enseignement du français. En septembre dernier, elle se tourne plutôt vers la maîtrise en enseignement de l’univers social. Elle n’entend pas abandonner le français pour autant. «Lorsque j’aurai terminé les cours de propédeutique, je compte mener les deux formations en parallèle.» Femme énergique, Paulette veut donc enseigner les deux matières une fois diplômée. D’ailleurs, elle a déjà commencé à faire de la suppléance dans les écoles de la région.

«J’essaie toujours de trouver un équilibre entre la famille, les études et le travail…»

-Paulette Merae

Travailler à temps plein a souvent fait partie de la réalité de Paulette depuis son retour aux études. «J’essaie toujours de trouver un équilibre entre la famille, les études et le travail».

Un dur choc des cultures

De son côté, elle confirme ne s’être jamais sentie trop âgée en classe au milieu des autres étudiantEs.

«Le plus pénible pour moi, c’est plutôt de voir que les gens ont de la difficulté à se parler et à se dire bonjour», explique t-elle. «Mon père disait souvent que c’est à l’école que l’on trouve ses meilleurs amis dans la vie. Ceux avec qui on va travailler plus tard!»

«En Afrique il y a beaucoup d’aide. Ici, on dirait que c’est plus compétitif entre les gens», ajoute Paulette. Fonceuse, elle n’hésite pas à aller vers les autres pour créer des liens.

«Autrement, c’est facile de se sentir rejeté pour n’importe quelle personne débutant l’université. Moi, je veux être avec tout le monde, même les plus jeunes. On a beaucoup à apprendre d’eux!» 

L’être humain d’abord

Véronique Houle terminera son baccalauréat en soins infirmiers en décembre. «Je vais être une meilleure infirmière avec le bac. Ça m’a permis de mieux me connaître en plus».

La future diplômée explique que la formation universitaire met davantage l’accent sur l’interdisciplinarité. L’objectif est de placer le patient au cœur de la démarche.

«Même si vous avez toutes les notions de biologie, si vous n’écoutez pas vos patientEs, ça ne marchera pas. Il faut partir d’eux et non de nos sentiments ou de nos préjugés».

Les événements survenus récemment à l’hôpital de Joliette sont évidemment matière à réflexion et remise en question à ce sujet. Véronique a été très touchée par les images de Joyce Echaquan se faisant insulter dans ces derniers moments.

Elle croit que tout le personnel infirmier devrait avoir accès aux connaissances auxquelles elle a eu droit durant son bac. «Il faudrait qu’il y ait de la formation continue sur les départements».

Cap vers le nord

Établie en Abitibi depuis juillet, où elle a trouvé l’amour, Véronique suit ses deux derniers cours à distance. Elle cherchera ensuite un emploi dans la région d’Amos et probablement auprès de la jeune communauté anishnabe algonquine de la réserve de Pikogan.

«L’année est bonne pour moi. J’ai trouvé quelque chose que j’aime et dans lequel je suis bien!»

-Véronique Houle

Installée sur une ferme, elle pratique dorénavant l’autosuffisance à 75% avec son conjoint et sa fille Charlotte. Les cours en ligne ont quand même des avantages pour certainEs!

«L’année est bonne pour moi. J’ai trouvé quelque chose que j’aime et dans lequel je suis bien!»

Aller encore plus loin

Lorsqu’on lui parle d’avenir, Paulette Merae parle de faire un doctorat et d’enseigner à l’université.

Elle consacrera d’abord son mémoire de maîtrise à la perception des immigrantEs sur le système éducatif québécois. Elle souhaite ainsi apporter un élan de communication entre les étudiants et étudiantes, afin que la compétition entre eux soit moins destructive.

Inspirée par le dévouement du corps enseignant de l’UQTR, Paulette souhaite donner au suivant elle aussi.

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