Mieux vaut en lire : L’Ange de la nuit de Brent Weeks

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Photo: Éditions Milady
Photo: Éditions Milady

«Le tueur parfait n’a pas de conscience, il a une mission. Le tueur parfait n’a pas d’amis, il a des cibles.» Le personnage de l’assassin fascine depuis toujours. On ressent un plaisir pervers à se mettre dans la peau d’un espion, d’un agent de la pègre, d’un tueur. Comment s’en sont-ils rendus à gagner leur vie en supprimant celle des autres? Ces redoutables chasseurs d’humains, leur dextérité, leur silence, leur expertise morbide, leurs exploits meurtriers nous donnent de délicieux frissons dans le dos. On espère leur rédemption ou leur châtiment ultime. Chose certaine, l’assassin est un personnage qui ne laisse pas indifférent et de nombreuses œuvres de fantasy ont su exploiter le filon.

La première série qui me vient à l’esprit: l’Assassin royal (la Citadelle des ombres dans sa version intégrale) de Robin Hobb. Vous ne l’avez pas encore lue? Allez la chercher. Tout de suite. En trois mots, c’est l’œuvre d’une vie. Comme l’a dit George R. R. Martin, «Ceux qui lisent auront vécu des milliers de vies avant de mourir. Ceux qui ne le font pas ne vivront que la leur.» Dans son cycle du Trône de fer rendu célèbre grâce à son adaptation télévisuelle, Martin taille une place importante au personnage mystérieux et surpuissant, voire surnaturel, de l’assassin en le liant à la destinée d’Arya Stark. Dans la Chronique du tueur de roi de Patrick Rothfuss, le personnage principal est à tour de rôle musicien, enfant de la rue, étudiant universitaire, magicien, héros, aubergiste… et assassin. Je suis en train de la lire, je vous réserve mes conclusions pour une prochaine chronique.

Misère, action, assassinats et magie

S’il y a un lien entre tous les personnages que j’ai mentionnés, c’est que leur parcours vers l’ombre s’est décidé dans leur enfance. Par choix? Pas nécessairement. Forgés par la dureté de la société dont ils sont issus, victimes des évènements et des choix des adultes, ces enfants font tout pour survivre. Ils se changent de victimes en bourreaux en espérant, tout bas, devenir héros.

C’est le cas d’Azoth (qui deviendra plus tard Kylar), un rat de ruelle, membre d’une guilde de voleurs, protagoniste de la trilogie de l’Ange de la nuit, qui commence avec la Voie des ombres, se poursuit dans le Choix des ombres et se conclut dans Au-delà des ombres. Les gangs de rue du Québec font figure d’enfants de chœur chouchoutés à côté de ces enfants orphelins, esclaves de la pègre, élevés entre eux dans la violence, la haine et la faim. Azoth rêve de s’en sortir, de devenir pisse-culotte pour pouvoir enfin protéger ses rares véritables amis. Pour lui, la seule solution est de devenir Durzo Blint (ou à tout le moins son apprenti), le pisse-culotte le plus redouté du royaume — parce que tandis que de simples assassins n’ont que des cibles, les pisse-culottes ont des cadavreux, parce qu’une fois le contrat accepté, ils sont pour ainsi dire morts et enterrés. Ce qu’Azoth ne sait pas encore, c’est que la raison pour laquelle ces contractuels réussissent si bien leurs mandats, c’est qu’ils ont le Don, un pouvoir inné qui leur permet d’assourdir leurs bruits de pas, de se fondre dans le décor, de se déplacer à grande vitesse.

Un mot sur la traduction qui n’est pourtant pas mauvaise du tout en général. Pour rester polie, le choix de la terminologie — «pisse-culotte» pour «wetboy» notamment — est douteux. La traduction française eurocentrique de ces néologismes rend peut-être l’argot de ces bas-fonds de la société, mais franchement, le contresens n’est pas loin…

Alchimie explosive

L’auteur-alchimiste Brent Weeks nous brasse un mélange explosif composé de beaucoup de magie et de beaucoup d’action, sur un fond de noirceur et de misère humaine. Les pages se tournent toutes seules, les scènes de combat sont légion, les dialogues, accrocheurs. Les personnages sont attachants (ou répugnants) malgré leurs stéréotypes. Au moins, les méchants ne sont pas tous l’incarnation du Mal et les héros ne sont pas tous immaculés. On assiste donc à la montée fulgurante d’un jeune homme d’exception qui doit découvrir le terrible prix de l’immortalité. Rien de moins. Weeks y va à grands coups de prophéties, de destinées avec un grand D, d’artéfacts magiques et d’interventions divines. Un récit à grand déploiement qui se dévore en un rien de temps.

Avis mitigé

L’histoire ma tenue en haleine suffisamment pour que je lise les trois tomes en moins de deux semaines. Par contre, j’ai fini de lire le dernier il y a moins d’un an et, même si je me souvenais très bien des débuts de Kylar et de son apprentissage, le monde dans lequel il vit m’avait beaucoup moins marquée. Weeks n’écrit pas mal, mais ce n’est pas de la grande littérature non plus. Je l’ai lu comme je vais voir une superproduction au cinéma, je me laisse emporter par l’univers le temps d’un bon moment, sans plus.

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