Perceptions d’un lunatique: Le stéréotypage d’une culture pas si essoufflée qu’ils le croient

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Il est une chose qui se produit en moi, lorsque les premiers balbutiements de l’automne se mettent à colorer l’horizon. Il est une émotion à la fois floue et précise qui, chaque année, oriente mon être vers ce qui le définit, lui rappelle, comme le drapeau bleu tendu de fin juin, que mes racines, ocres telles les feuilles qui sèchent et puis qui s’échouent, ne se constituent pas uniquement par l’histoire de ma patrie, ni par son territoire aux étendues changeantes. En fait, c’est ce mélange entre nature, société et unité qui, une fois bien brassé, vient me rappeler ce qui nous fonde comme culture.

L’automne est une de ces saisons qui en arrive presque à frôler le cliché par sa beauté de carte postale. Cependant, ne fut-elle pas magnifiée par les Vigneault, Leclerc ou Miron de ce monde d’une manière qui frappe bien davantage l’imaginaire que n’importe quel commerce touristique triste et dépourvu d’âme qui arbore les rues du Vieux-Québec?

Je crois fermement que c’est dans cette même logique que vient s’inscrire toute notre culture francophone. Serais-je un tantinet vague dans mes propos? Il se pourrait bien que j’ondule entre l’opaque et le limpide en effet. Je m’explique donc bien vitement, certain que vous saisirez l’essence des mes dires, loquaces lecteurs que vous êtes.

Il me fut donné, à bien des reprises, d’entretenir de fortes intéressantes conversations avec mes contemporains; de bonnes gens aux esprits tous aussi vifs les uns que les autres. Néanmoins, il est un point tournant de ces conversations où le débat ne semblait jamais avoir d’issue: celui que constitue la musique francophone. À bien des occasions, j’ai cru remarquer que nombre de gens, francophones faut-il vous le mentionner, ayant tous l’esprit agrémenté d’un regard culturel international fort intéressant, n’arrivaient en aucun cas à parvenir à vibrer au son de musiques provenant de chez eux, du Québec.

Au fil des débats et des discussions, force était de constater que ce drôle de problème semblait fort répandu au sein de ma génération, et qu’il le reste encore. J’ai d’ailleurs de gravé dans ma mémoire, quelques commentaires entendus à Québec il y a de ça déjà deux ans après un concert du maintenant célèbre Louis-Jean Cormier sur les plaines d’Abraham. On pouvait lire le lendemain du spectacle sur les réseaux sociaux que l’auteur-compositeur chouchou du public ne méritait pas les plaines ou qu’il ne parvenait pas à les remplir (commentaire clairement ignorant, puisque la foule comptait plus de 70 000 personnes). Par contre, le type commentaire qui me choqua au plus haut point avait le sens du préjugé bien plus large. On pouvait effectivement constater que certains croyaient que la musique francophone, plus spécialement québécoise, ne méritait pas cette immense tribune locale par le simple fait qu’elle ne comportait pas d’artistes de qualité. De toute évidence, ces ignorants ne connaissent pas tous les Marie-Pierre Arthur, Salomé Leclerc Galaxie, Philippe Brach ou Philippe B qui peuplent notre solitude nord-américaine qu’est le Québec.

Qu’est-ce qui explique qu’un Québécois dit de souche ne cherche même pas à approfondir une musique produite dans la langue qu’il parle?

Le problème, du moins celui que je semble déceler, n’est pas le manque de vitrine que reçoivent ces artistes, mais plutôt le manque d’ouverture d’esprit de ceux qui crachent sur cette culture qu’est la leur. Qu’est-ce qui explique qu’un Québécois dit de souche ne cherche même pas à approfondir une musique produite dans la langue qu’il parle? Serait-ce dû à notre isolement langagier, serait-ce dû à la chaudière de musique anglophone qui nous est garrochée au visage chaque jour? La réponse se trouve probablement un peu partout au sein de ces théories. Cependant, j’ai cru remarquer qu’elle se trouve aussi à l’intérieur de certains clichés, et c’est ici que mon analogie vient prendre son sens. Comme les stéréotypes de cartes postales, je crois qu’un certain public au regard critique relativement bien développé ne fait qu’associer notre musique nationale à certains noms qui, vous venant probablement à l’esprit, sont parvenus à marquer l’imaginaire en ce qui a trait au quétaine. Et pourquoi ces divers artistes qui auraient, comme magasins du Vieux-Québec, plutôt mal vieillis, viendraient-ils davantage s’associer à la musique francophone québécoise? Peut-être simplement par l’attention médiatique qui leur est offerte comparativement à ceux qui cherchent à repousser les barrières d’un mouvement culturel qui avait clairement besoin d’un renouveau.

Ce vent de fraicheur qui signe l’automne du quétaine, la fin des haricots pour ceux qui n’ont pas su vieillir, je crois fermement qu’il est arrivé et qu’il arrive depuis longtemps, tranquillement, comme cette révolution qui nous définit depuis les années soixante. Il se définit par la scène alternative, celle qui soulève les véritables porte-étendards d’une culture qui nous représente tels que nous sommes, uniques, unis, mais tous différents à la fois.

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