Reportage: La Marche des femmes

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L'évènement se tient tous les cinq ans dans une ville différente du Québec, conjointement à d'autres villes dans le monde. Photo: Gracieuseté
L’évènement se tient tous les cinq ans dans une ville différente du Québec, conjointement à d’autres villes dans le monde. Photo: Gracieuseté

Le 17 octobre dernier a eu lieu la Marche mondiale des femmes à Trois-Rivières. L’évènement se tient tous les cinq ans dans une ville différente du Québec, conjointement à d’autres villes dans le monde. J’ai eu l’honneur de donner un humble coup de main aux organisatrices pendant quelques heures à l’occasion de cette manifestation. Mais, pour la plupart d’entre elles, ce n’est rien de moins qu’un an et demi d’organisation et plus d’une centaine d’heures de leur temps qui ont été investis. J’ai pu m’entretenir avec Mathilde Loiselle, membre du comité logistique de la Marche, sur l’historique et les revendications de l’évènement.

L’histoire

L’année 1995 donna lieu à l’évènement connu sous le nom de la Marche des femmes contre la pauvreté, plus connu sous le nom de la Marche pour du pain et des roses, à Montréal. L’idée est purement d’origine québécoise, mais l’évènement est d’ampleur mondiale et restera cité comme l’un des moments fondateurs du mouvement altermondialiste. «Au Québec, cela a mené, peu de temps plus tard, à la Loi sur l’équité salariale». En 2000, plusieurs personnes ont décidé de recréer un évènement semblable qui se tiendrait une fois tous les cinq ans. Au Québec, la Marche a lieu à Montréal. 40 000 personnes, en provenance de toutes les villes du Québec, y participent. La réaction politique est moins vive.

2005, la Marche prend place à Québec. 15 000 personnes s’y rendent. «En 2010, la Marche était à Rimouski. Nous avons eu environ 10 000 participants. Nous en avons à peu près autant cette année à Trois-Rivières», dit Mme Loiselle. «C’est beaucoup de gens, pour un évènement en région. Les gens de Montréal ou de Québec ont beaucoup moins tendance à prendre l’autobus pour aller manifester en région que le contraire.»

Se tenant à deux jours de l’élection fédérale, la Marche de Trois-Rivières a pris une dimension particulière. Des candidats de plusieurs partis politiques fédéraux, et certains députés provinciaux se sont déplacés. Comme la Marche se veut apolitique, tous les candidats ont accepté de marcher sans afficher leurs couleurs. Des absents? «L’AGEUQTR n’a pas envoyé de représentants officiels à la Marche, ni dans les comités d’organisation depuis qu’ils m’ont envoyée, moi, il y a deux ans.», affirme Mathilde Loiselle

Les enjeux

Le thème de la Marche, cette année, était «Libérons nos corps, notre Terre et nos territoires». Les revendications de l’évènement se divisent donc en trois volets, expliqués principalement dans un document intitulé Texte de réflexion.

Le premier est celui du corps : le corps des femmes subit partout et sans cesse l’objectification. Que l’on parle de culture du viol, de sexisme sur Internet, de violence conjugale, c’est au final la lutte pour l’accès à l’avortement qui semble de plus en plus fragile. L’accès aux contraceptifs qui assurent à la femme un contrôle personnel de sa reproduction et la violence des standards de beauté sont quelques-unes des nombreuses facettes du féminisme qui sont évoquées. L’évènement se veut aussi un soutien aux communautés lesbiennes, gaies, bisexuelles, transsexuelles, Queers, intersexuées et asexuées. La Marche soutient aussi la cause des trop nombreuses femmes autochtones disparues et assassinées. Une enquête est d’ailleurs demandée au gouvernement depuis trop longtemps sans que rien soit fait, du moins précisons ici qu’il s’agit du gouvernement Harper, défait il y a peu par les Libéraux de Justin Trudeau.

Le second volet, celui de la Terre, s’attaque aux diverses formes d’exploitation: minières, pétrolières, agricoles, etc. qui s’effectuent en mettant en danger les écosystèmes. La Marche proclame un changement des modèles d’affaires insoutenables de ces industries. Le texte désire aussi que les autochtones aient leur mot à dire sur les exploitations ayant lieu sur leur territoire.

Le volet final, celui du territoire, se veut principalement en solidarité avec les diverses revendications territoriales autochtones. Plus largement, la dévalorisation et la disparition de la culture et des traditions autochtones, telles que décrites dans le rapport Vérité et réconciliation, sont dénoncées. Le territoire, au sens large du terme, doit redevenir un espace démocratique pour tous, individus et nations l’occupant. Dans un sens plus restreint, le texte de réflexion dénonce aussi l’embourgeoisement que subissent des quartiers plus défavorisés, poussant les plus pauvres à l’endettement ou à l’itinérance.

Au final, les revendications de la Marche sont très larges. Elles incluent non seulement les revendications plus traditionnelles des mouvements féministes, mais aussi les revendications d’un grand nombre de communautés défavorisées. Ces communautés sont décrites comme les premières à être touchées par les diverses politiques d’austérité diminuant les ressources disponibles pour les plus démunis en rongeant le filet social. Que ces gens soient membres de minorités ethnoculturelles, de classes sociales pauvres ou simplement temporairement dans le besoin, c’est à eux avant tout que s’adresse une manifestation comme la Marche mondiale des femmes.

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