Reportage: L’islamophobie ⎯ En quête d’un bouc émissaire

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Photo: Gracieuseté
Photo: Gracieuseté

Le 6 novembre dernier se tenait, à la Société St-Jean Baptiste, une conférence de Djemila Benhabib sur le thème de l’islamophobie. C’est un sujet qui m’intéresse particulièrement, ayant personnellement suivi des cours à l’UQAC sur le nationalisme avec Gérard Bouchard, coprésident de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles (Commission Bouchard-Taylor).

Des accommodements déraisonnables?

Dès l’ouverture, l’animateur de la soirée explique l’importance de s’informer sur la place de l’islam dans l’espace public. Un seul exemple concret est donné pour soutenir cette thèse: même dans les Forces armées canadiennes, le porc est maintenant interdit à la suite de demandes d’accommodement. Vérification faite, cette affirmation est fausse. Elle a tout de même réussi à créer dans la salle un sentiment de frustration contre les supposés accommodements déraisonnables, sentiment qui fut conforté pendant toute la soirée.

L’exposé principal de Mme Benhabib, en soi, fut d’environ 25 minutes. Cette dernière fait l’apologie d’une société humaniste et universaliste. C’est la base de son argumentaire contre les accommodements déraisonnables qui donneraient à certaines communautés, particulièrement à la communauté musulmane, des droits spécifiques que n’aurait pas le reste de la population. Aucun exemple concret n’est donné pour appuyer l’existence d’accommodements déraisonnables. C’est dommage parce que leur existence reste à prouver: le rapport de la Commission Bouchard-Taylor à ce sujet arrivait précisément à la conclusion que de telles situations n’existaient pas. Le problème résiderait en fait dans la perception erronée que la population peut avoir des accommodements.

Un problème d’immigration?

Questionnée à savoir s’il existe des statistiques sur la population musulmane canadienne et la quantité d’intégristes parmi ceux-ci, Mme Benhabib répond que la quantité n’importe pas, car l’influence dans les sphères politiques est disproportionnée. Une rapide recherche sur Statistique Canada nous donne les chiffres: au recensement de 2011, un peu plus d’un million de personnes se sont affirmé de confession musulmane, ce qui correspond à 3,2% de la population canadienne.

De ce chiffre, 55,2% habitent l’Ontario. Le pourcentage d’immigrants sans affiliation religieuse est pour sa part récemment calculé à 19,5%. Entre 2005 et 2011, 41,7% des nouveaux immigrants sont chrétiens. Et entre 2001 et 2011, les musulmans, sikhs, bouddhistes et hindous représentent un total de 33% des nouveaux arrivants. Démographiquement parlant, c’est peu significatif.

Une influence politique?

Mais qu’elle est donc l’influence de l’islamisme tant redouté par Mme Benhabib? C’est l’islam politique, qui tente de s’ériger en système politique et social. L’ancienne candidate du Parti québécois affirme alors que le Parti libéral est grandement influencé par ces groupes islamistes radicaux, bien qu’elle n’avance rien pour appuyer ses dires. La Charte des droits et libertés canadienne serait aussi le fruit du travail d’influence de ces groupes, nous dit-elle.

Finalement, ce qu’elle nomme «une certaine gauche», c’est-à-dire Québec solidaire (QS), se porte à son avis à la défense des dogmes religieux. Pour ce parti, toute critique de l’islam est raciste, islamophobe. QS serait donc défenseur de la censure en ce qui a trait à la critique religieuse: raison pour laquelle le parti se serait opposé à la Charte des valeurs québécoises de 2014.

Aucun exemple concret n’est donné pour appuyer l’existence d’accommodements déraisonnables. C’est dommage parce que leur existence reste à prouver.

Il est donc choquant, selon Mme Benhabib, que l’Assemblée nationale ait adopté, à l’unanimité, la motion de QS visant à condamner l’islamophobie. Libellée ainsi, la motion tendrait à dire que l’Assemblée nationale se porte particulièrement à la défense des groupes musulmans. Pourtant, la motion, loin de défendre l’institution religieuse islamique, dit explicitement qu’elle ne veut que condamner «l’islamophobie, les appels à la haine et à la violence envers les Québécois de confession musulmane». Nous sommes loin ici de l’appel à la censure de la critique religieuse que dénonce Mme Benhabib. Elle-même qui avait ouvert sa conférence en précisant que s’il était important de critiquer les institutions religieuses, il ne fallait pas pour autant attaquer les individus dans leur spiritualité.

L’islamophobie

Le mot «islamophobie» en soi est donc décrit par Mme Benhabib comme une invention de QS servant à faire taire toute critique de l’islam, tout en faisant passer pour raciste toute défense de la culture québécoise. Pour soutenir une telle thèse, elle doit donc volontairement ignorer toutes les dérives haineuses que nous avons pu voir pendant la dernière élection fédérale dans le débat autour du port du niqab. Les mêmes dérives qui s’étaient fait sentir en 2014 pendant les débats entourant la Charte des valeurs québécoises.

L’humanisme universaliste soutenu par Mme Benhabib veut donc faire fi des conjonctures. Quand l’actualité fait qu’un groupe ethnoculturel est particulièrement visé par des discours haineux, réagir en soutien à ce groupe revient à lui donner une importance particulière aux dépens de la masse. Il faudrait donc, dans cette optique, toujours dénoncer tous les racismes, même quand sa présence dans une forme particulière se fait particulièrement sentir. Mais cette solution prônée par Mme Benhabib ne consiste-t-elle pas en quelque sorte à nier la réalité?

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