Reportage: Oui veut dire oui ⎯ le consentement sexuel

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La marche mondiale des femmes avait lieu le 1/7 octobre à Trois-Rivières. Photo: Anne-Marie Fortin
La marche mondiale des femmes avait lieu le 1/7 octobre à Trois-Rivières. Photo: Anne-Marie Fortin

«Yes means yes» est le nom d’un mouvement qui fait beaucoup parler sur les campus américains. Les gouverneurs des états de New-York et de la Californie ont adoptés récemment une loi voulant que les étudiants doivent donner explicitement leur consentement pour avoir des relations sexuelles.

Cette mesure vise principalement à combattre la culture du viol, concept expliqué dans les pages du dernier Zone Campus. Cela a donc des effets positifs sur les campus américains, même si le projet comporte des lacunes. J’ai eu la chance de m’entretenir à ce sujet avec Lili Boisvert, journaliste spécialisée dans les enjeux sexuels, animatrice de Sexplora au canal Explora.

Le consentement positif.

Le problème de base réside, nous apprend-t-elle, dans les lacunes de la notion traditionnelle du consentement sexuel. «La vision traditionnelle, c’est que si tu ne consens pas à avoir un rapport sexuel, il faut que tu le fasses savoir activement, c’est-à-dire en disant : «non, je ne veux pas», «laisse-moi tranquille», en se débattant, en donnant une gifle, etc. Ça suppose que tout rapport sexuel est consenti jusqu’à preuve du contraire.»

Il est facile de voir les limites d’un tel modèle, dans lequel un agresseur peut facilement plaider l’ambigüité du refus de la victime pour s’en tirer. La victime doit, au contraire, démontrer à quel point elle a pu faire savoir qu’elle ne désirait pas de relation sexuelle.

Yes means yes vise donc premièrement à changer les lois en vigueur «notamment parce que justement, une personne qui n’a rien dit lors d’une relation sexuelle n’est plus «fautive» simplement parce qu’elle n’a rien dit. C’est assez important comme changement.» Mais plus encore, le mouvement veut entraîner un changement de culture autour de la conception du consentement.

Les lacunes.

Il y a bien sûr quelques lacunes à cette loi. La vision traditionnelle du consentement a l’avantage de laisser les protagonistes le droit de le retirer à tout moment. La vision positive du consentement par contre, poussée à l’extrême, voudrait que le consentement soit explicitement redemandé «à chaque nouveau geste, à chaque nouvelle position, à chaque petit changement.» Une application technocrate et strictement légale du Yes means yes, selon Mme Boisvert, obligerait les partenaires à répéter «oui», sans, pendant toute la durée de l’acte sexuel.

Une autre conséquence d’une telle loi est l’instauration d’un cadre légal entourant le déroulement «normal» d’une relation sexuelle. «On ne peut pas dire aux gens : vous devez absolument faire ceci, sinon vous êtes en train de violer/d’être violé. Je veux dire : plein de gens dans l’histoire de l’humanité ont eu des relations sexuelles auxquelles ils ont consenti et en amont desquelles ils n’ont pas pris la peine de se dire «oui». Or, ils n’ont pas tous, pour autant, violé ou été violés.»

Une question de sexisme.

Le problème, selon Mme Boisvert, c’est que «c’est à l’homme que revient le rôle socio-sexuel d’initiateur du sexe. C’est à lui, par exemple, de faire le premier pas pour entamer une relation sexuelle et c’est aussi à lui que revient généralement de diriger la relation sexuelle. La dynamique sexuelle traditionnelle dans les relations hétérosexuelles confère donc un avantage à l’homme qui est celui qui peut imposer des contacts possiblement non désirés, alors que lui-même est peu à risque d’en subir. Le mouvement Yes means yes ne vient pas vraiment résoudre ce problème : il le contourne pour trouver une solution qui protège mieux les femmes dans cette dynamique qui apparaît inévitable aux yeux du mouvement. »

Yes means yes a donc un impact positif sur les campus américains où des problèmes de grandes ampleurs sont fréquemment médiatisés. Même si les problématiques qu’il tente de solutionner sont plus structurelles que ce à quoi le mouvement s’attaque, ce dernier mérite d’être connu et, pourquoi pas, importé au Canada.

Le Québec, surtout, semble s’intéresser beaucoup moins au concept de culture du viol que le reste du Canada. S’il existe une vaste littérature anglophone sur le sujet, qui revient périodiquement dans les médias canadiens, internet semble la seule façon de s’informer sur le sujet au Québec.

Un aggresseur peut facilement plaider l’ambiguité du refus de la victime pour s’en tirer

Des anglophones canadiennes sont venues apprendre le français à l’UQTR avec le programme Explore l’été dernier. Certains évènements assez graves, qui en ont choqués plus d’une, les avaient poussées à mettre sur pied ce mouvement qu’elles ont baptisées Re-educating UQTR. Elles ont alors contacté les médias locaux et nationaux en espérant parler de la situation afin que des mesures soient prises pour qu’elle ne se répète pas. Surtout, le mouvement visait à ce que le concept de culture du viol soit à l’ordre du jour médiatique.

La CBC en a fait un reportage, laissant le mouvement s’exprimer sur le réseau national anglais. Nos médias locaux en ont fait des brèves qui laissaient presqu’exclusivement la parole aux gens dont le propos se résumait «ces femmes s’en font pour rien.»

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