Robert Champagne, président de l’UTA de l’UQTR : Récit d’un étudiant permanent

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Robert Champagne, président du comité de gestion de l’Université du troisième âge de l’UQTR. Photo : M. Lortie
Robert Champagne, président du comité de gestion de l’Université du troisième âge de l’UQTR. Photo : M. Lortie

La plupart des vieillards sont malheureux, malades et souffrent de solitude. Vraiment? De nombreuses perceptions souvent faussées et une certaine méconnaissance de la vieillesse, en particulier, ont fait naitre des préjugés qui nous présentent surtout les sombres côtés de la vie des personnes âgées. C’est un sujet qui me fascine parce que du haut de mes 24 ans, j’appréhende parfois cette vieillesse pourtant lointaine et je me questionne fréquemment sur le temps qui passe et sur l’importance de faire de bons choix pour le futur. J’ai souvent l’impression que je suis peut-être en train de vivre mes plus belles années et que de vieillir, c’est un peu dépérir petit à petit, et que je serai une vieille nostalgique sur son perron qui regrettera sa jeunesse d’antan.

Pour un article pour la Journée portes ouvertes de l’Université du troisième âge (UTA) de l’UQTR, munie de mon iPod pour enregistrer quelques conversations et de mon appareil photo sur lequel j’avais pris soin de fièrement afficher mon identification au journal, je m’étais rendue sur les lieux sans attentes particulières. J’étais simplement intriguée, comme d’autres, par toutes ces «têtes blanches», comme certains les appellent de façon un peu péjorative, qui continuent d’étudier. Mais «pourquoi» aller encore à l’université à cet âge?

Aussitôt arrivée, on me présente aux responsables, dont Robert Champagne, président du comité de gestion. J’ai tout de suite voulu le revoir pour une entrevue.

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C’est un vendredi matin qu’il me cueille à l’entrée de l’UTA, avant de m’entrainer à travers les couloirs du pavillon où il choisit une confortable salle de conférence pour notre entretien.

Il commence à me raconter, avec plaisir, quelques pans de ce que sa vie a été, à des époques bien différentes de celle que nous vivons aujourd’hui. Monsieur Champagne a une stature imposante, on le sent cultivé, profond, intelligent et lucide. Toutefois, jamais on ne ressent un écart entre lui et son interlocuteur, c’est comme discuter avec un vieil ami.

Né aux États-Unis, il baigne rapidement dans l’anglais. Très jeune, sa famille déménage à Trois-Rivières où il devient assez tôt président de divers comités. Puis, il fait ses études en enseignement à Montréal et s’en suivent une maitrise à New York et des études doctorales à l’Université de Toronto en planification et gestion de l’enseignement supérieur. C’est à cette époque, lors d’un stage à Paris, qu’il entend parler de la toute première Université du troisième âge, à Toulouse, ce qui suscite une fascination en lui pour l’adepte des formations non traditionnelles qu’il est déjà. Pendant ces années d’études, trois enfants, nés d’une maman libraire issue de son premier mariage, verront le jour à travers les livres d’école.

Robert Champagne a participé à la création de l’Université du Québec à Trois-Rivières en 1969 et a reçu, 25 ans plus tard, la Médaille de l’Université décernée par le Conseil d’administration, en reconnaissance à la qualité de ses interventions et son rôle de bâtisseur et de pionnier de l’institution. Il fait partie de cette génération d’éducateurs et de gestionnaires de l’éducation qui ont trimé dur pour tenter de mener à bien et tirer le meilleur parti des nombreuses réformes et des changements profonds qui se sont produits dans nos différents milieux d’éducation.

Un long chapitre de sa vie (une vingtaine d’années) a été dédié à de grands organismes internationaux, tels que l’UNESCO, ou à des ministères de certains pays en développement afin d’aider l’implantation d’universités de l’autre côté de l’Atlantique. Plusieurs missions en Afrique en ont fait sa terre d’adoption. C’est là qu’il s’est marié avec sa seconde femme, il y a de cela 22 ans. C’est aussi là qu’il a pris sous son aile deux jeunes Rwandaises à l’époque du génocide pour leur offrir une éducation.

Il n’y a pas un film sur votre vie, Monsieur Champagne? Il rit un peu. Selon lui, c’est son tempérament souple qui lui a permis de vivre toutes ces expériences.

J’écoute avec avidité, admiration même, ses récits empreints d’humanité, de voyages et d’apprentissages. Il n’y a pas un film sur votre vie, Monsieur Champagne? Il rit un peu. Selon lui, c’est son tempérament souple qui lui a permis de vivre toutes ces expériences.

C’est pour des raisons de santé qu’il a dû quitter définitivement cette vie de conseiller international en éducation. Mais il n’avait pas fini d’aller de l’avant pour autant. Il s’inscrit à un programme court de maîtrise en sciences humaines intitulé « Bilan de vie et quête de sens ». La démarche proposée par ce programme l’intéresse, car il estime que ce pourrait être une belle occasion d’engager une réflexion en profondeur sur son parcours de vie et sur les prochaines années de vie active qui lui restent, ce qu’il n’a jamais pris le temps de faire.

La vieillesse

Mais c’est quoi la vieillesse au juste? C’est après la retraite? C’est quand on n’est plus fonctionnel? Il est difficile et surtout très arbitraire de s’en tenir au seul critère de l’âge pour définir la vieillesse. Chez nous, selon les normes actuelles, les personnes ayant atteint l’âge de 65 ans sont généralement reconnues comme des «ainés», alors que dans certaines circonstances, on reconnait que les personnes de 55 ou de 60 ans peuvent être inscrites dans la même catégorie que les gens du troisième âge, l’«âge de la retraite».

S’il est vrai que la vieillesse peut être difficile quand la santé nous quitte, quand notre corps nous rappelle que nous n’avons plus vingt ans, quand les gens autour de nous nous font sentir que nous n’avons plus rien à leur apporter, Monsieur Champagne est toutefois convaincu «qu’on vieillira comme on a vécu: dans la tristesse ou la joie, dans la solitude ou l’action, dans la critique ou l’acceptation du quotidien». Il ajoute que «des découvertes récentes nous révèlent même que seulement 30% de ce que nous croyions imputable au vieillissement est inévitable». Mais, le reste lui, dépendrait de l’individu.

On peut sans doute redouter l’avenir et le craindre, mais Monsieur Champagne persiste à croire qu’on doit prendre les dispositions pour résister à toutes ces mutations et garder le pouvoir d’exercer un certain contrôle sur sa vie et y trouver du sens.

L’Université du troisième âge

Après sa retraite à titre d’enseignant à l’UQTR, Robert Champagne est appelé à revenir pour la création et la mise en place de l’Université du troisième âge en 2009 où il tient le rôle de président du comité de gestion depuis. Il se décrit comme un étudiant permanent qui a toujours été intrigué par ceux qui n’avaient pas la chance de s’instruire comme lui.

«Nous sommes vraiment choyés, ça prenait quelqu’un comme lui pour ce poste. C’est un grand sage!» Stéphanie Vermette, la coordonnatrice de l’UTA, confie que c’est un président rassembleur, à l’écoute, juste, avec un esprit critique et une expérience riche, capable de faire valoir les intérêts de l’institution.

Il se décrit comme un étudiant permanent qui a toujours été intrigué par ceux qui n’avaient pas la chance de s’instruire comme lui.

L’UTA, c’est 55 formateurs qui reçoivent environ le tiers du salaire des professeurs de l’UQTR, mais qui y enseignent parce que les élèves y sont curieux, stimulants et matures, ont une expérience de vie riche… et ils envoient très peu de messages textes en classe. À l’exception de deux employés sous la tutelle de la formation continue, l’Université du troisième âge est entièrement gérée par des bénévoles, dont Monsieur Champagne.

Sans donner de diplôme, les cours d’une durée de dix semaines offrent toutefois une attestation. Aucun préalable n’est requis et aucun travail ou examen ne sera demandé. Les 130 cours ont été conçus pour répondre à une grande demande pour une formation académique de niveau universitaire, allant de la psychologie à la musique, de la philosophie à la géopolitique, en passant par l’art.

Mais pourquoi s’inscrire à l’UTA plutôt que comme étudiant libre? Monsieur Champagne en a fait l’expérience lui-même lors d’un séminaire de philosophie destiné à de jeunes étudiants au doctorat, «non libres». Il assure qu’à l’UTA, il est beaucoup moins stressant d’intervenir et de le faire plus longuement. «Nos collègues ont la même maturité que nous, il n’y a aucune compétition et tous sont guidés par un désir d’accomplissement. Ils sont là pour le simple plaisir de savoir».

On peut sans doute redouter l’avenir et le craindre, mais Monsieur Champagne persiste à croire qu’on doit prendre les dispositions pour résister à toutes ces mutations et garder le pouvoir d’exercer un certain contrôle sur sa vie et y trouver du sens.

Sans blague, j’ai demandé si je pouvais m’inscrire tellement tout ça me semblait stimulant. Chaque chose en son temps. Reste que ce sont des personnes allumées, intelligentes et curieuses que j’ai rencontrées. Je me serais très bien vue assise dans cette classe avec ces gens qui me ressemblaient, mais avec évidemment plus d’expérience de vie que moi. J’ai toujours aimé l’école, mais on m’a souvent rappelé qu’on ne peut pas aller à l’école toute sa vie. Allez leur dire ça! Comme quoi, le désir d’apprendre n’a pas d’âge.

***

«Mes années actives ont été bien remplies et, comme de nombreux autres individus de ma condition, je me suis engagé à fond pour donner un sens à ma vie et à celle de ma famille», conclut Monsieur Champagne. Il n’est pas nostalgique, il semble simplement satisfait et il regarde les lendemains stimulants qui s’offrent encore à lui. Le secret de sa vie active d’octogénaire? Maintenir une bonne condition physique et intellectuelle, et entretenir le gout de l’avenir.

Notre entretien tire à sa fin. Avant de nous quitter, il salue au passage les quelques bénévoles qui travaillent dans une ambiance légère où règne la bonne humeur. Monsieur Champagne prévoit terminer son mandat comme président dans la prochaine année. Pour la suite des choses? Eh bien, en plus d’un projet d’écriture sur sa vie, il entend prendre des cours à l’UTA. Évidemment.

Je ne peux cacher que cette rencontre m’apaise et me rappelle que la vie est un long chemin continu, qui n’est pas nécessairement segmenté par des tranches d’âge stéréotypées. Je repars avec une perspective nouvelle de la vieillesse, qui me souffle un petit bout d’inspiration pour l’avenir. La porte reste donc ouverte pour chacun de prendre les moyens de vivre au meilleur de ses capacités, tout au long de sa vie.

Je me sens encore privilégiée d’avoir pu échanger avec quelqu’un comme lui, qui m’a donné envie de vous faire découvrir l’histoire des gens qui gravitent autour de l’UQTR.

Il est encore possible de s’inscrire à l’UTA jusqu’au 20 septembre. Pour obtenir plus de détails au sujet de la programmation d’automne 2013, veuillez consulter le site web de l’UTA au www.uqtr.ca/uta ou téléphoner au 819 376-5011, poste 2109.

Pour une suggestion de reportage au sujet d’une personne gravitant sur le campus de l’UQTR : redaction.zc@uqtr.ca

4 COMMENTAIRES

  1. Félicitations à Monsieur Robert Champagne ! Un gros MERCI à la rédaction de l’UQTR !

    Grâce des personnages riche d’expérience de vie comme celui ci-haut mentionné, on a cette  »belle opportunité du savoir et comment vivre tout en restant jeune et confiant de bien vieillir ».

    L’UTA est une très belle idée novatrice qui ne cesse de faire jaser. En tant qu’étudiant et jeune fier apprenant, les cours UTA sont en train de littéralement changé ma vie et ce de façon merveilleuse. Les bons enseignants y contribuent largement également. Par le billet de ces nombreux cours, j’y apprend un tas de choses qui me sont très riche au niveaux culturel.

    Voilà un bon médium favorisant la bonne santé psychosociale et ce dans un environnement académique sans aucun stress, vraiment et pur plusieurs raisons, c’est du bonheur.

    J’ose espérer poursuivre encore très longtemps ces fameux cours !

    Merci Monsieur Champagne et à tout ceux qui gravite autour de cette superbe organisation !

    Cordiales salutations,

    Alain Lafrenière
    De Shawinigan
    Fier étudiant, apprenant UTA

  2. Merci et félicitations pour cet excellent article étudiant. L’un des plus riches qu’il m’ait été donné de lire, aux plans « du fond et de la forme », comme on disait à l’époque du cours classique. Votre écriture est riche et bien structurée (dixit un ancien prof de français) et votre sujet éminemment d’actualité pour l’aîné que je suis (à 74 ans).

    Je dois vous révéler que je me targue d’être un ami personnel de Robert depuis 22 années: quel personnage! rien dans votre article ne pourrait être surdimensionné pour cet espèce de surhomme tant physique qu’intellectuel, qu’aucun défi n’aura jamais rebuté. Merci à nouveau pour l’avoir si bien illustré. Et Dieu sait que vous n’étiez pas au bout de vos découvertes à propos de ce diable d’homme (au meilleur sens du terme).

    Cordialement,

    Yves BERNARD

  3. Je viens de lire vos bons mots, et j’en suis très touchée ! Ce fut pour moi un réel privilège d’échanger avec cet homme qui m’a littéralement marquée positivement.

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