Sans merci : Je féminise, tu féminises, il et elle féminisent…

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En ce dur labeur de fin de session, un dernier souffle de courage est à donner; à l’approche de la nouvelle année, des résolutions sont à formuler. Pour ceux et celles à qui s’appliquent la première situation, pourquoi ne pas essayer de féminiser vos rédactions? Et pour les seconds et les secondes, même chose. La langue d’un peuple est un vecteur social de sa pensée et un véhicule inconscient puisque intégré, consumé et naturalisé.

La langue est donc un construit social et politique, bien oui puisqu’il y est considéré que le masculin l’emporte sur le féminin! La grammaire dicte qu’il y a un genre social prédominant : le genre masculin. Il y a une normalisation des genres pour maintenir une oppression, celle de la domination masculine. Le féminin est passif; le masculin est actif. Michel Foucault, philosophe du 20e siècle, apporta que le langage légitime le pouvoir symbolique. En effet, plusieurs recherches sociales sont venues à la conclusion que des liens existent entre les représentations et le langage. Pour ne citer à cet effet que l’auteure Agnès Callamard, «seul ce qui est nommé existe». Comment justifier qu’une foule constituée de cinq millions de femmes et d’un homme sera décrite au masculin, ignorant ainsi cinq millions de femmes?!

L’idée de féminiser ses textes est un acte politique. Un acte qui rejette les rédactions qui débutent par «le masculin a été utilisé pour alléger le texte» (et autres dérivés). Un acte qui veut substituer les tournures sexistes à un style d’écriture respectueux et inclusif. Un acte qui n’accepte plus le genre masculin comme étant le genre commun et neutre. La féminisation de ses textes se veut une conscience à développer pour rédiger sans biais, discrimination et préjugé; pour rédiger en toute équité et justice sociale; pour reconnaître, valoriser et considérer le rôle et les contributions des femmes à la société; pour que la visibilité des femmes soit équivalente à celle des hommes à l’écrit et à l’oral.

L’Office québécois de la langue française (OQLF) proposa au début des années 80 des outils pour accompagner la rédactrice et le rédacteur. Les objectifs qui découlent de son appui à la féminisation des textes sont la production de textes de qualité, la clarté du message et la cohérence de l’écriture.

Il existe deux techniques de féminisation reconnues. La première est celle de favoriser l’écriture des deux formes, le féminin et le masculin, au long. La deuxième technique est celle d’employer des termes génériques et neutres. L’OQLF reconnaît également la possibilité d’accorder un verbe avec le nom le plus rapproché (comme par exemple : les vendeurs et les vendeuses sont compétentes). L’ordre du féminin et du masculin n’est pas important. Il est suggéré d’alterner les termes (les femmes et les hommes/les hommes et les femmes) ou d’en respecter l’ordre alphabétique (les vendeurs et les vendeuses/les candidates et les candidats).

Ainsi, il n’y a pas de hiérarchie des sexes. Si l’usage d’un terme épicène, mot qui s’écrit de la même façon au féminin et au masculin, requiert l’emploi d’un pronom plus loin dans la phrase, on peut utiliser le pronom féminin et le pronom masculin (par exemple, les cadres ne sont pas toutes et tous des êtres intelligents). Opter pour des épicènes au lieu de mots genrés (gens d’affaires au lieu d’hommes d’affaires, les droits de la personne au lieu des droits de l’homme). Finalement, nous devons écrire au complet la forme féminine et masculine d’un mot et non pas des mots tronqués (par exemple les étudiantes et les étudiants, au lieu de étudiant-es). Pour féminiser sa plume, gardons en tête que le produit final doit rester lisible, que nous ne pouvons inventer des mots afin de conserver un certain fluide et ne pas nuire à la compréhension de son lectorat.

La raison pour laquelle la féminisation des textes est reconnue par les organes de référence dans le domaine de la langue française, c’est que les mots introduits sont de l’origine de la langue classique. Il ne s’agit donc pas de mots inventés pour l’unique raison de parler au féminin! Ainsi, sous l’idée que ces mots ont survécu à l’ancien français, il est possible et accepté de les utiliser.

Certains organismes communautaires osent même être avant-gardistes en suggérant l’emploi du féminin comme générique! Ils proclament le féminin comme genre neutre pour toutes leurs diffusions internes et externes. Dans la même veine, nous tenons à accorder une mention spéciale à l’Université de Sherbrooke, l’Université du Québec à Montréal et l’Université d’Ottawa qui se démarquent parmi la communauté universitaire avec leurs outils de rédaction mis à la disposition des étudiantes et des étudiants pour les accompagner dans leurs démarches de féminisation de textes.

Le principal intérêt à soutenir une telle perspective féministe est, selon l’Université de Sherbrooke, «une responsabilité générale, puisque [nous contribuons] à former des personnes qui transmettent des valeurs et des habitudes de comportement qu’elles auront elles-mêmes développées au contact du milieu universitaire. Il est donc important de promouvoir l’équité entre les hommes et les femmes et de donner l’exemple quant aux moyens pouvant être utilisés pour assurer cette équité dans la rédaction des textes.» Quand l’UQTR nous soumettra une position rédactionnelle féministe? Tout ce que nous aurions à dire à nos dirigeants universitaires : quand on veut, on peut!

2 COMMENTAIRES

  1. D’accord avec l’emplie de plus possible de terme épicène pour englober les hommes et les femmes, mais das un discours politique quoi de plus lourd de répéter constamment : Les Québécoises et le Québécois ont…

    etc.

    J’ai de la misère à m’y accoutumer, mais je vais faire un effort…

    AL

  2. Je suis certaine que ça vous ferait une bonne résolution pour 2012! Suffit de l’essayer une seule fois et de l’adopter!
    Et inclure les femmes dans son discours c’est quelque chose de lourd, alors là, c’est tout autre chose!

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