Un grain de science à la fois: Une vie pour une autre

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Alhassania Khouiyi. Photo: Mathieu Plante
Alhassania Khouiyi. Photo: Mathieu Plante

Chaque jour qui passe nous rapproche plus du rendez-vous où les limites de la médecine seront peut-être basculées à tout jamais.

Non ce n’est pas une utopie, c’est ce que le docteur Sergio Canavero affirme, lorsqu’il avance avec une extrême certitude qu’il est possible de transplanter une tête humaine. Une entreprise audacieuse, vous dites: pour ne rien vous cacher, audacieux serait un adjectif bien faible pour ce dessein qui frôle le Frankenstein. Mais pour comprendre comment la chirurgie est arrivée à une telle sophistication, faisons un tour d’horizon sur l’histoire de la transplantation, ou devrais-je dire l’extraordinaire épopée des greffes.

On appelle greffe la transplantation de peau ou d’organes d’une région sur une autre, le greffon est ainsi la partie transplantée. Lorsque le greffon provient du patient lui-même, comme dans le cas des grands brûlés chez qui il est de coutume de prélever une partie de la peau pour couvrir les zones endommagées, on parle d’autogreffe. Dans le cas où le greffon provient d’un autre individu (donneur) on parle d’homogreffe. Dans cette situation, le corps du receveur rejette rapidement le greffon, d’où la nécessité de médicaments antirejet.

Si la greffe d’organes est une réalité qui permet de sauver des vies ou au moins en améliorer la qualité, il ne faut pas oublier qu’il y a tout juste 75 ans, cela relevait du mythe. L’adoption de l’anesthésie à partir de 1846, la généralisation de la stérilisation depuis 1875 et la réanimation ont permis de réaliser les opérations les plus ambitieuses. Dès l’ouverture de l’abdomen de part et d’autre de l’Atlantique à partir de 1890, les chirurgiens commencent à caresser le rêve de remplacer les organes qu’on ne peut guérir. Mais il a fallu attendre jusqu’en 1940 pour mieux comprendre les phénomènes du rejet. Les médicaments antirejet ont alors ouvert la porte devant les transplantations les plus audacieuses. C’est une banalité de le dire, certes, mais une banalité qui doit souvent être rappelée à nos mémoires.

Une vie pour une autre, telle est l’extraordinaire histoire de la transplantation.

Pour qu’une greffe réussisse, deux conditions indispensables doivent se réunir. Premièrement, il faut que les organes du donneur soient en bon état. Il faut que le donneur soit dans ce que l’on appelle une mort encéphalique, c’est-à-dire quelqu’un dont le cerveau est mort. Cette circonstance de décès permet de préserver artificiellement l’état fonctionnel d’organes plus fragiles qui se dégradent rapidement dès que l’irrigation sanguine cesse. Deuxièmement, il faut un minimum de correspondance biologique entre le donneur et le receveur, afin de limiter le rejet du greffon et afin que l’intrus trouve place dans son nouveau réceptacle.

Après toute une mosaïque opératoire, la partie n’est pas encore gagnée, il va falloir faire face aux problèmes d’antirejet.  Nous avons à la surface de chacune de nos cellules une molécule qui permet au système immunitaire de détecter le soi du non-soi. Il s’agit d’une empreinte biologique qui renferme les caractéristiques de notre propre corps, permettant ainsi au système immunitaire de partir à la guerre contre tout ce qui est étranger. Pour remédier aux problèmes du rejet, il faut tenir en liesse le cerbère du corps par des immunosuppresseurs. Le traitement immunosuppresseur inclut le traitement d’induction prétransplantation (avant l’opération), y compris les antibiotiques et un traitement d’entretien postopératoire pour permettre au greffon de survivre dans le corps. Les immunosuppresseurs seront donnés pour le reste de la vie.

Avec l’annonce de la greffe de tête humaine, serions-nous devant le Frankenstein ou le Christian Barnard des temps moderne?

De la première tentative de greffe rénale à partir d’un sujet vivant en 1952, à la première greffe cardiaque en fin des années 60, cette aventure médicale a longtemps intrigué et terrifié. Les archives témoignent des doutes et des peurs des pionniers de la greffe, mais aussi de leur audace qui a bouleversé des mythes. Qui aurait pu imaginer que viendrait le jour on l’on remplacerait le cœur comme un vulgaire moteur ? La greffe du cœur, autrefois considérée comme une des limites de la médecine moderne, est devenue de nos jours une pratique courante avec un taux de survie de 90%. Les regards se tournent alors vers de nouvelles limites: la transplantation d’une tête humaine.

L’opération consiste à transplanter le corps (qui provient d’un donneur mort d’une mort cérébrale) sur la tête d’un receveur dont le corps est paralysé. Le neurochirurgien italien Sergio Canavero annonce que la première transplantation de tête humaine se fera en décembre 2017 en collaboration avec le neurochirurgien Ren Xiaoping de l’Université médicale de Harbin (Chine).

Bref, quel que soit l’organe transplanté, la greffe est une expérience aussi sociale que médicale. Si les problèmes chirurgicaux ont été résolus, il en est loin pour les problématiques éthiques. Pour greffer un organe, il faut que la main lourde du destin s’abatte sur quelqu’un en bonne santé, il faut déclarer mort un être humain en coma, il faut définir avec certitude la mort, il faut avoir les mots pour affronter la famille d’un donneur.

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