Un peu de cinéma : Les fleurs oubliées (2019), André Forcier

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Le 17 octobre dernier avait lieu la première trifluvienne du dernier film du réalisateur québécois André Forcier, Les Fleurs Oubliées au Cinéma Le Tapis Rouge de Trois-Rivières. Ce film marque le retour d’André Forcier et de son univers teinté de fantaisies et de poésie. Comparé par certaines critiques cinématographiques à l’œuvre de Federico Fellini en raison de la forte présence du réalisme magique, Les Fleurs Oubliées nous transporte dans un Québec parallèle afin de traiter de l’urgence climatique et environnementale.

Pour ce 14e long métrage, le réalisateur a décidé de recourir à sa famille afin d’en écrire le scénario. En effet, celui-ci est co-écrit avec la participation de Renaud Pinet Forcier, François Piner Forcier, Linda Pinet ainsi que son collaborateur de longue date, le trifluvien Jean Boileau.

André Forcier et le recours à l’histoire

Tout comme dans son long métrage, Embrasse-moi comme tu m’aimes, le réalisme magique d’André Forcier est appuyé d’une excellente connaissance de la culture historique de la société québécoise. Dans Embrasse-moi comme tu m’aimes, il aborde la notion de race, populaire dans le discours économique et social de l’époque notamment concernant les campagnes «d’achat chez nous», ainsi que la relation entre les francophones et les anglophones durant la seconde Guerre mondiale en raison de la conscription de 1944.

La réappropriation historique est sublime et parfaitement maîtrisée.

Ici pour son nouveau film, André Forcier fait renaître, près de 75 ans après sa mort, le Frère Marie-Victorin (Yves Jacques), «l’envoyé de Dieu de Kingsey Falls». Le recours à ce personnage historique est très intéressant, puisque le scénario est fortement inspiré des révélations historiques parues en 2018 concernant la correspondance entre le Frère Marie-Victorin et son assistante Marcelle Gauvreau. Pendant plus de dix ans, ils ont entretenu une correspondance secrète, intime et scientifique, et ce, jusqu’à la mort accidentelle de Marie-Victorin en 1944. En ce sens, nous retrouvons à plusieurs reprises des scènes grivoises mettant en vedette Mylène Mackay dans le rôle de Marcelle. L’utilisation de faits historiques, mais surtout la réappropriation historique dans un contexte de réalisme magique tel que le propose André Forcier est sublime et parfaitement maîtrisée.

Un film sur l’urgence climatique et environnementale

Albert Payette (Roy Dupuis) est un agronome qui tente par tous les moyens de vivre en autarcie. En effectuant de l’apiculture sur les toits de la ville, Albert est en mesure de vendre de l’hydromel de sa fabrication à des bourgeoises de la Rive-Sud. Afin de venir en aide à l’agronome dans sa lutte afin de préserver les abeilles, le Frère Marie-Victorin quitte son havre céleste pour revenir sur terre. Voyant en lui un héritier potentiel, Marie-Victorin lègue à Albert son précieux guide de la Flore Laurentienne, qui est le symbole de la transmission du savoir écologique. Il offre notamment à Albert des graines cosmiques afin d’y planter de nouveaux spécimens floraux. Le résultat est absolument psychédélique et permet à André Forcier de recourir à de nombreux effets spéciaux, ce qui ajoute une belle dose de réalisme magique au récit.

Devant l’urgence climatique et environnementale, Albert se lie d’amitié avec le groupe de «punks» écologistes de son neveu Jerry (Émile Schneider). Avec ceux-ci, il va mettre en place des jardins de villes afin d’assurer la survie des abeilles et de la flore québécoise. De plus, ils vont se joindre à une jeune journaliste, Lili De La Rosbil (Juliette Gosselin), dans sa lutte contre l’entreprise Transgénia, une multinationale spécialisée dans la fabrication et la vente de pesticide, allusion directe à la compagnie Monsanto. Au cours de son enquête, Lili De La Rosbil découvre le traitement inhumain réservé aux nombreux travailleurs mexicains travaillant dans les champs associés à Transgénia.

À la fois un manifeste écologique et social

Parfois teinté d’humour noir et d’humour absurde, le film critique les méthodes agricoles des grandes compagnies telles que Monsanto ainsi que son manque d’humanisme. Le représentant de Tansgénia, Rodney Pouliot (Donald Pilon) compare à de maintes reprises les travailleurs mexicains à des coquerelles ayant le système immunitaire et les anticorps d’un chien. De leur côté, les travailleurs mexicains revendiquent de meilleures conditions de travail. Le recours au réalisme magique permet à André Forcier de traiter de la condition des travailleurs mexicains en allant puiser dans les stéréotypes familiers sans toutefois tomber dans le racisme. Le film dénonce notamment la surconsommation alimentaire et prône la mise en place de jardins de villes permettant une agriculture plus verte et biologique.

En somme, Les Fleurs Oubliées est un long métrage qui fait du bien. Tout comme ses œuvres précédentes, «ovni» du cinéma québécois, André Forcier maîtrise à la perfection les codes du cinéma réaliste magique. En outre, il propose une excellente réflexion concernant notre rapport à la nature, mais aussi à notre patrimoine culturel, historique ainsi qu’à la transmission du savoir.

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