Va voir ailleurs (j’y suis) : Y’a d’quoi à faire

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Un été spectaculairement beau s’achève et me revoici dans les pages du Zone Campus pour vous livrer mes coups de gueule sur la vie culturelle trifluvienne. Bilan d’une partie de mon été dans l’coin.

Pour ma part, l’été a véritablement débuté le 25 mai avec l’événement Caniche Tonic, l’incontournable soirée dance underground qui en était à sa 2e édition à l’Atelier Silex. Cette année encore, la soirée réunissait 6 DJ endiablés aux noms loufoques (dont un en bobettes!), un décor totalement flyé (pensez aux Foufs croisées avec un bar branché de Tokyo), des drinks à petits prix, et plein de beau monde qui danse jusqu’aux petites heures. Un conseil, si vous aimez danser, mais pas au Temple ni au Cabarin, ne manquez pas le prochain Caniche. C’est la place!

Pour la plupart des citoyens, l’été culturel commence plus tard, fin juin, avec le FestiVoix. On aime le critiquer, ce festival qui n’hésite pas à hisser Sylvain Pelchat et Mario Cossette au sommet de leurs affiches, dont la thématique cette année était V pour visuel gênant. Mais il faut rendre au FestiVoix ce qui lui appartient : chaque année, quelques perles se glissent parmi les mollusques. Coup de cœur, notamment, pour le show des Frères Lemay, d’une extraordinaire énergie et présenté sur la plus belle scène extérieure de la ville, dans le jardin du CMI. L’ambiance était aussi magique dans le Parc des Ursulines lorsque Stephen Faulkner est monté sur scène. Visiblement charmé, en grande forme, le troubadour cowboy a été brillant et généreux. Deux commentaires adressés à la foule me reviennent en tête : «Wow, comment tu veux te concentrer quand y’a des paquebots qui passent sur le fleuve?», puis «Elle est belle votre ville, aimez-la!»

Mais le meilleur show que j’ai vu cet été est celui du légendaire one-man band rockabilly Bloodshot Bill, présenté au Rock Café Le Stage le 28 juin. Quel incroyable performeur que cet individu étrange et frénétique qui nous rappelle exactement pourquoi le rock n’ roll a terrorisé des générations de parents. Il faut également noter les efforts du Stage qui tente de s’imposer à nouveau comme lieu incontournable pour le punk et le métal, pour amateurs de shows crus qui ne s’attendent pas à la déco du Krème (voir photo).

Les arts visuels

Plutôt tranquille cet été du côté des arts visuels à Trois-Rivières, à l’exception d’un événement majeur, la 5e Biennale nationale de sculpture contemporaine. Si mon parcours s’est avéré décevant à quelques égards (en particulier avec des installations très quelconques de Raphaëlle de Groot et Daniel Olson, de qui on pouvait s’attendre à beaucoup plus), j’ai pu apprécier en revanche le très rigoureux travail du sculpteur mexicain Javier Hinojosa et la surprenante installation d’une jeune artiste de Québec, Valérie Potvin. Mais surtout, l’exposition à Presse Papier de l’artiste multidisciplinaire trifluvien Alain Fleurent a, à mon avis, éclipsé toutes les propositions de la biennale, en recréant de toutes pièces (et pas de petites pièces!) un authentique garage qui fait ding-ding quand on arrive et qui sent l’huile et le rubber. Saisissant.

Parmi les événements satellites de la Biennale, je retiens l’installation intitulée «Pathogène» des sculpteurs Martin Brousseau et Henri Morrissette, présentée au Centre culturel Pauline-Julien. Le duo s’est intéressé au thème du vivant, avec une serre flottante sur le marécage devenu étang du Parc des Chenaux et une magnifique installation végétale à l’intérieur.

Le pire

Si vous me connaissez, vous ne serez pas surpris de mon acharnement à dénoncer la médiocrité des grosses productions qu’on tente de fourrer dans la gorge de la populace pour qui la consommation de culture est proportionnelle à la facilité à trouver du parking. Ma mention de déshonneur de l’été va évidemment à T’estimo, la comédie musicale présentée à la salle J.-Antonio Thompson, produite aveuglément et à perte pour une 2e année par la Corporation de développement culturel.

Une fort gentille dame m’a fait part de son expérience à T’estimo. Elle avait reçu une paire de billets de courtoisie (apparemment, il suffisait d’être le cousin du voisin du chum à une des choristes pour obtenir des billets gratuits – un excellent signe de succès!) et est arrivée au spectacle en toute ouverture d’esprit, pas nécessairement fan de comédies musicales populaires, mais tout à fait disposée à apprécier ce qu’elle allait voir et entendre.

Toutefois, elle et son conjoint ont quitté la représentation à l’entracte. La raison? «Ça criait.» Et voilà. Sous des couverts d’un divertissement d’envergure et de qualité professionnelle, on nous passe un show sans la moindre subtilité, un fourre-tout complètement inconséquent de chansons d’amour hurlées par une troupe de chanteurs et musiciens qui semblent croire au «bigger is better», et qu’un bon spectacle se fait en défilant 350 chansons en une heure et demie, propulsées par des organes vocaux qui peuvent atteindre des notes suraiguës et les tenir un quart d’heure. À vomir. Je plains les musiciens qui acceptent ces contrats pour survivre dans leur métier difficile. En même temps, je ne peux être vraiment en accord avec leur choix.

Et franchement, côté marketing, on a pensé quoi avec ce nom qui commence par «testi»? À nous les casser sans ménagement? On a peut-être affaire aux mêmes fins stratèges de la Corpo de l’amphithéâtre qui ont baptisé la programmation estivale d’animation de la rue des Forges du suave nom «Saltare». «Sales tarés, roucoule-t-on, venez voir où passe votre fric.»

Décidément, dans cette ville, il faut éviter les pièges à cons et chercher plus creux. Ce bilan est très partiel, j’ai vu de très belles choses dans cette ville cet été, mais il faut savoir fouiller. Et on est parfois surpris du nombre de personnes qui se déplacent pour des petits événements! Organisateurs de spectacles, artistes, intervenants culturels, sachez-le : à Trois-Rivières, y’a d’quoi à faire.

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