Zone techno : COVID-19 et la désinformation

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Description : person using MacBook Pro désinformation COVID-19
Glenn Carstens-Peters / Unsplash

Avec la multitude d’informations plus ou moins véridiques qui circulent sur Internet concernant le coronavirus, les grandes compagnies du web ont décidé de s’unir pour combattre la désinformation sur le web et promouvoir les informations fiables sur le virus. Mais est-ce suffisant?

Les géants du web et la désinformation

Dans un communiqué publié lundi soir, plusieurs grands joueurs du milieu ont conjointement déclaré «travailler ensemble de manière étroite sur la réponse apportée au COVID-19». Parmi ces compagnies, il faut compter les géants Facebook, Google, Microsoft, Twitter et Reddit. Aussi, certaines filiales de ces grandes entreprises se sont jointes au mouvement telles que YouTube, qui est la propriété de Google, ainsi que LinkedIn, qui appartient pour sa part à Microsoft.   

Dans ce communiqué, ces compagnies ont aussi déclaré ce qui suit : «Nous aidons des millions de personnes à rester connectées tout en combattant la fraude et la désinformation sur le virus en mettant en avant des contenus fiables sur nos plateformes et en partageant des informations essentielles sur la coordination avec les agences sanitaires mondiales». «Nous invitons d’autres entreprises à nous rejoindre pour continuer à protéger nos communautés», ajoutent-elles plus loin.

Facebook a pour sa part publié un autre communiqué indiquant que ses dirigeants prenaient les mesures nécessaires pour limiter la désinformation entourant la pandémie actuelle et pour éliminer les contenus nocifs pour ses utilisateurs. On peut noter parmi ces mesures l’interdiction d’y afficher des publicités qui chercheraient à attiser la peur et à semer la panique, ainsi que celles faisant la promotion de traitements pour contrer ce virus dont l’efficacité n’a pas encore été démontrée.

Mais, est-ce suffisant? Si on se fit à un sondage récent, les réseaux sociaux sont la source d’information de 52 % des Canadien-ne-s. Donc, plus de la moitié de la population du pays utilise le web et les applications mobiles pour s’informer sur l’actualité, dont celles concernant la COVID-19. La responsabilité des géants du web est donc immense, mais est-ce que les mesures prises récemment sont suffisantes en considérant cette statistique?

Description : Un graphique montrant les principaux réseaux sociaux utilisés pour s'informer.
Quand ces réseaux sociaux sont la source première d’information pour la moitié des Canadien-e-s. Gracieuseté : Radio-Canada

Les expert-e-s restent critiques

Plusieurs spécialistes sont sceptiques. En effet, selon Catalina Briceno, professeure en développement numérique à l’UQAM, les grandes compagnies du web ne lutteront réellement contre la désinformation que lorsqu’elles reconnaîtront qu’elles entrent elles aussi dans la catégorie des médias, au même titre que les journaux, les téléjournaux et les bulletins d’informations radiophoniques. Encore selon cette experte, ces compagnies ne se contentent pour l’heure de n’être que des plateformes numériques sans responsabilité éditoriale, ce qui laisse encore trop de place à la désinformation et aux publicités mensongères.

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La professeure en développement numérique de l’UQAM, Catalina Briceno. Gracieuseté : Télé-Québec

Catalina Briceno a d’ailleurs déclaré à Radio-Canada ceci : «Quand on touche, comme Facebook, 2,4 milliards d’individus sur la planète, quand on vend pour 1 milliard de dollars de publicités politiques, la moindre des choses est de s’assurer que le contenu qu’on présente est minimalement filtré, validé, qu’il est vrai, et qu’il n’y pas de volonté de tromper sciemment l’utilisateur». De quoi faire réfléchir…

Même si Facebook et ses collègues tentent de limiter les dégâts, cette professeure de l’UQAM affirme tout de même que ces géants ne se contentent que d’un effort minimal. Mais qu’est-ce qu’ils pourraient faire de plus au juste? Là est la question.

Plus les nouvelles ou sujets traités sont de nature sensationnaliste, plus ils génèrent de clics, ce qui entraîne des profits.

Une réglementation difficile à appliquer

Puisqu’il n’existe pas encore de code de conduite ou de lois encadrant la gestion de ces plateformes numériques, la solution résiderait dans l’autorégulation, ce sur quoi Facebook et compagnie semblent vouloir travailler. Par contre, sans directives claires d’autorités compétentes, déterminer ce qui est à matière trompeuse ou tout bonnement faux relève de la subjectivité et de la bonne foi de ces entreprises.

Toutefois, ces dernières n’ont aucun intérêt à arrêter ces publicités, puisqu’elles leur rapportent gros. De fait, plus les nouvelles ou sujets traités sont de nature sensationnaliste, plus ils génèrent de clics, ce qui entraîne beaucoup de profits qui vont indirectement dans les poches de ces géants numériques. Ces entreprises «n’ont donc aucun intérêt à encadrer ou à réduire ces fausses informations», encore une fois selon la professeure Briceno. De quoi donner froid dans le dos.

On salue tout de même l’effort des dirigeants de Facebook, Google, Microsoft, Twitter et Reddit. Il ne s’agit toutefois que d’un pas dans la bonne direction. Reste à savoir si ces grands joueurs vont réellement se mettre de la partie ou si une intervention gouvernementale ou sociale sera de mise. Malheureusement, seul l’avenir nous le dira…

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