1 an après la légalisation du cannabis : ça «roule» à l’UQTR

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L’une des affiches de sensibilisation sur la consommation de cannabis sur le campus.

Entre une politique basée sur la prévention et sur la sensibilisation des consommateurs du cannabis, et des cours, d’une réputation internationale, ouverts à toute la communauté étudiante, l’UQTR semble bien gérer son mode de fonctionnement concernant le cannabis, 1 an après la légalisation de ce dernier au Canada.

Fumer un joint à l’UQTR… Attention, interdit!

Pas loin de la Chasse-Galerie, une étudiante dans la vingtaine, qui souhaite rester anonyme, sort un joint pré-roulé de sa poche et jette un coup d’œil rapide pour vérifier si elle peut l’allumer. Quelques instants après, elle nous raconte qu’elle n’a pas l’habitude de fumer du cannabis dans le campus, mais « cela m’arrive quelquefois de fumer ici, notamment après mes cours. Certes, j’ai toujours du cannabis sur moi ou dans mon char, mais j’évite de le consommer ici à l’université. Je n’ai aucune idée comment ça se passe si les agents de sécurité me surprennent en train de fumer, ni combien je vais payer comme amende ».

L’agent Gaétan Villeneuve, officier aux opérations au sein du service de la protection publique, a la réponse à cette question : 363 dollars! Ce montant correspond aussi au non-respect des règlements encadrant le tabac sur le campus. Il ajoute que ses agents savent que ces contraventions, en cas d’application, vont lourdement sanctionner les étudiants, sachant que le coût de l’amende a presque quadruplé, en passant de 98$ à 363$. C’est pour ça qu’on « demande aux fumeurs du tabac de reculer et de respecter les 9 mètres, tandis que les fumeurs de cannabis sont priés de quitter le campus pour en consommer (NDLR : les limites du campus sont : rue Père Marquette, Boulevard des Forges, Boulevard des Récollets et la petite forêt en bas du Michel Sarrazin) ».

Le coût de l’amende a presque quadruplé, en passant de 98$ à 363$.

Cet officier tient à rappeler que « c’est interdit de fumer du cannabis au campus, il y a des affiches qui le mentionnent. Mais on est conscients que les fumeurs de cannabis se cachent souvent pour en consommer ». Se cacher pour fumer du cannabis est une technique largement utilisée par les étudiant.e.s, comme un étudiant international qui préfère, à son tour, rester anonyme. Cela lui arrive de fumer des joints le soir, en sortant de la Chasse-Galerie, et il nous avoue que « je me cache un peu pour que les agents de sécurité ne me remarquent pas, et jusqu’à présent mon plan fonctionne (rires!) ».

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On peut lire sur l’affiche : « Interdiction de fumer et de vapoter du cannabis sur les terrains des établissements d’enseignement postsecondaire »

De son côté, Christine Dumas, directrice du service de la protection publique et de la santé et sécurité au travail, mentionne que « c’est les ressources humaines de l’UQTR qui encadrent la politique de la consommation du cannabis et du tabac sur le campus », tandis que le rôle de son service se limite à la « vigie de cette politique en privilégiant la sensibilisation et la communication avec la communauté étudiante ». Cette sensibilisation, notamment concernant le tabac, semble être primordiale pour l’étudiant international que nous avons rencontré. Il déclare qu’il vient « d’un pays où on peut encore fumer dans les espaces publics, notamment les cafés et les bars, donc je commence à m’habituer à aller dehors pour fumer et respecter les 9 mètres ».  

Cependant, la sensibilisation a des limites. Les informations et les règlements encadrant la consommation et la possession du cannabis sont disponibles. « S’il y a une possession plus grande que la normale, on contacte la police pour qu’ils interviennent », rapporte l’officier des opérations en ajoutant que « à mon avis, les fumeurs sont plus informés concernant l’application de la loi de consommation du cannabis ».

Le profil biochimie du cannabis, un programme d’une reconnaissance internationale

Quelques semaines après la légalisation du cannabis au Canada, l’UQTR a lancé un programme inédit aux étudiants : Biochimie profil cannabis. Ce cheminement faisant partie du baccalauréat en biochimie et biotechnologie propose, selon l’UQTR, des ouvertures vers un nouveau marché en émergences, soit l’industrie du cannabis. D’ailleurs, la préparation de ce programme n’était pas facile selon Hugo Germain, professeur au département de chimie, biochimie et physique, car « il y avait un énorme travail à faire sur les documentations et les approbations. On ne pouvait pas déposer ça avant la légalisation du cannabis, car la loi n’était pas encore passée ». Le professeur ajoute que pour ce cheminement, « la grande majorité des étudiants ont été dans autres universités et ont suivi d’autres programmes avant d’opter pour celui-là ».

En outre, le Dr. Germain mentionne que « le baccalauréat de biochimie profil cannabis, offert à l’UQTR, a été classé meilleur programme universitaire en Amérique du Nord dédié à ce genre d’études, selon l’organisme indépendant étatsunien 10Buds ». Il ajoute qu’il s’agit d’un programme exclusif « qui n’existe pas ailleurs en Amérique du Nord ». Quant aux cours offerts, le THC 1001 (hiver 2020) a déjà attiré l’attention de la communauté étudiante, avec une vingtaine d’étudiants inscrits, quelques jours après l’ouverture de la phase d’inscription pour la session hivernale.

Ce cours en ligne est ouvert à tous et à toutes, car « il ne s’agit pas d’un cours de biochimie, c’est un cours qui touche tous les aspects du cannabis avec une perception historique de la légalisation du cannabis au Canada et l’utilisation du cannabis dans les différentes civilisations à travers l’histoire, son utilisation médicale, par exemple », explique le Dr. Germain. Ce cours abordera aussi, toujours selon le professeur « les risques d’utiliser le cannabis et les signes cliniques de la dépendance au cannabis, ainsi que les produits dérivés qu’on peut faire avec le cannabis ». Quant au cours BCH 1002 (biochimie des métabolites du cannabis et autres plantes), il sera offert en automne 2020, étant donné qu’il s’agit d’un cours de 2ème année.

« Le baccalauréat de biochimie profil cannabis, offert à l’UQTR, a été classé meilleur programme universitaire en Amérique du Nord dédié à ce genre d’études. »

-DR. HUGO GERMAIN, PROFESSEUR AU DÉPARTEMENT DE CHIMIE, BIOCHIMIE ET PHYSIQUE

Concernant le marché de travail lié à l’industrie du cannabis, Hugo Germain déclare que « dès l’hiver prochain, les étudiants de ce programme devraient avoir des opportunités de travail à temps partiel dans une ou plusieurs sociétés de production de cannabis de la région, car il y a une pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans ce secteur. On a déjà des étudiants en biochimie qui travaillent, depuis mai dernier, dans l’industrie du cannabis ». Alors, cette industrie émergente ne cesse pas de faire les yeux doux aux étudiant.e.s et futurs chercheur.euse.s, car « depuis deux ans, on a reçu 2M$ en financement de recherche dédié pour financer des projets de recherche sur le cannabis ou les cannabinoïdes », nous déclare Hugo Germain.

En dépit de la pression sociale qui caractérise encore le thème du cannabis, monsieur Germain commente que « les étudiants qu’on a recrutés sont des étudiants ayant une certaine ouverture d’esprit face au cannabis, ils savent que le cannabis ne contient pas juste le THC (NDLR : THC ou tétrahydrocannabinol, est la principale substance responsable des effets psychotropes du cannabis) ». Il ajoute qu’il y a plus de « 110 cannabinoïdes dans le cannabis. Nos étudiants ont une connaissance du cannabis qui va au-delà du fait que le cannabis rend high et qu’il est une « drogue de party » ». De son côté, l’UQTR a bien appuyé ce programme en participant à des rencontres avec les conseillers d’orientation des Cégeps.

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