D’une foulée à l’autre : «Ça ne me gêne pas pantoute»

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Par Maxime Bilodeau, chroniqueur

Il y a de ces rencontres qui relèvent davantage du paradoxal que de la réalité. Vous savez, paradoxal comme dans un politicien qui dit la vérité, une nutritionniste qui mange mal ou un marathonien qui souffre d’emphysème? De là à dire que l’on nage en pleine twilight zone, il n’y a qu’un pas.

Le 27 février dernier, une telle rencontre s’est produite au sein même des murs de l’UQTR. En effet, dans le cadre d’un cours dispensé à de futurs podiatres, Blaise Dubois,  physiothérapeute du sport et fondateur de la Clinique du coureur, a été invité à venir prononcer une conférence sur la course à pied, son champ d’expertise. Parmi les sujets abordés, il a été amplement question de chaussures de jogging, et plus précisément des avantages et bénéfices de la chaussure dite minimaliste par rapport à celle qualifiée de maximaliste.

Peut-être en avez-vous entendu parler : dans les dernières années, une véritable révolution s’est opérée dans le petit monde conservateur de la course à pied. Alors qu’auparavant vous n’aviez le choix qu’entre de grosses chaussures de course toutes semblables lorsque venait le temps de vous chausser, il vous est dorénavant possible d’opter pour des alternatives plus épurées. Plus minimalistes, quoi.

«À ceux qui nous reprochent d’utiliser des moyens marketing comme les médias sociaux pour vulgariser la science et faire la promotion des bonnes pratiques auprès de tous les publics, je leur dis : ça ne me gêne pas pantoute.»

Ces dernières, plus légères et souples tout en étant moins absorbantes et structurées que celles traditionnelles, ont non seulement changé la manière de courir, mais également la manière d’aborder le sport. C’est cette nouvelle approche à la course à pied que M. Dubois promeut, une approche basée sur la prévention des blessures et l’écoute de son corps. Mais surtout, une approche basée sur des preuves scientifiques.

Avant de poursuivre, j’aimerais tout d’abord vous rassurer : personne n’est mort lors de cette rencontre. Malgré leur approche résolument axée sur la correction et la chaussure maximaliste, les apprentis podiatres ont, règle générale, bien aimé les propos pro-minimalisme du physiothérapeute. Des termes comme «intéressants», «nuancés» et «confrontant» ont même été utilisés par certains pour décrire leur expérience. À noter ici l’absence de mots comme «hérésie», «scandale» ou «mensonges».

«Bien que j’aie déjà enseigné par initiative personnelle à de nombreux professionnels de la santé, c’est la première fois que je présentais mon cours à des étudiants en podiatrie», nous a-t-il confié à la suite de sa conférence. «Les podiatres se situent à l’antipode de ce que je préconise, ils sont probablement ceux avec qui je ferais les plus beaux débats. J’espère tout de même qu’ils vont avoir enrichi leurs connaissances de nouvelles données probantes pour qu’après ça ils puissent se poser des questions et penser par eux-mêmes. Il est important qu’ils ne soient pas seulement orientés par un monde de marketing qui, souvent, dit n’importe quoi.»

Cet amour de la connaissance scientifique ainsi que de sa diffusion est un thème central dans le discours de Blaise Dubois. Lorsqu’interrogé sur les motifs qui le poussent à enseigner à tous les types de publics tant au Québec/Canada qu’à l’international, il nous répond : «Ce qui m’intéresse, c’est tout d’abord la recherche de la vérité scientifique, de ce que je peux faire en tant que clinicien pour aider mes patients. Après ça, il y a une sorte de bataille contre l’hypermédicalisation qui est actuellement un problème dans tous les types de médecines.»

Ce discours, il le répète inlassablement depuis 2005, date à laquelle il a commencé à présenter ses conférences à des professionnels de la santé, mais surtout depuis 2010, année où la mode du minimalisme s’est véritablement déclenchée. Ardent défenseur des principes qui sous-tendent cette approche, Blaise a été invité à en débattre dans tout près d’une dizaine d’événements dans le monde. Son style direct et ses opinions bien tranchées lui ont valu – et lui valent encore – l’opprobre de certains individus. «La vérité, c’est qu’en tant que Suisse d’origine, j’aime le débat, l’argumentation et la controverse. Je sais pertinemment que cela en a rebuté plusieurs et que certains ont même arrêté de réfléchir à cause de cela. Au Québec, on aime ça lorsque c’est soft, lorsque c’est tranquille. On n’aime pas les affaires trop agressives, ce qui fait en sorte qu’il y a une certaine gêne face à la place que je prends.»

Il poursuit : «On m’a collé l’étiquette du minimalisme alors que mon contenu et celui de la Clinique du coureur vont bien au-delà de ça. Et à ceux qui nous reprochent d’utiliser des moyens marketing comme les médias sociaux pour vulgariser la science et faire la promotion des bonnes pratiques auprès de tous les publics, je leur dis : ça ne me gêne pas pantoute. Mon but, c’est qu’on arrête de se faire bourrer.»

À ceux et celles qui craignaient que M. Dubois s’attaque aux mythes et dérives marketing liées à d’autres disciplines sportives, rassurez-vous. «Ma passion, mon champ de bataille, c’est la course à pied et, accessoirement, la promotion de l’activité physique et des saines habitudes de vie. Par contre, si ce que je fais en amène à faire preuve d’une certaine indépendance intellectuelle, c’est une bonne chose.»

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