La FémiNazgûl: L’incroyable faiblesse des femmes fortes

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Marie Labrousse. Crédit illustration: Sarah Gardner
Crédit : Sarah Gardner

J’ai d’abord commencé par chialer sur la sous-représentation des femmes dans la fiction. Ensuite, j’ai chialé sur leur caractérisation parfois plus pauvre encore que celle d’une lampe sexy. Et après? Est-ce suffisant de mettre en scène des personnages de femmes «fortes»? Vous vous en doutez, ma réponse risque d’être: «pas si simple»…

Un personnage féminin… «masculin»?

L’archétype du personnage féminin fort (strong female character) peut être présenté comme l’opposé d’un autre archétype féminin particulièrement pénible, celui de la demoiselle en détresse. Ainsi, dans l’imaginaire collectif, la femme forte est badass et indépendante, elle refuse de s’écraser devant les personnages masculins et s’accorde même parfois le droit de leur mettre une volée dès qu’ils sont un peu trop baveux avec elle. Une héroïne à la Quentin Tarantino, en somme. On ne va pas se mentir : j’adore ça (et je suis loin d’être la seule). Après des années de lampes sexy en détresse, on avait vraiment besoin d’en passer par là.

Toutefois, le concept de «personnage féminin fort» est parfois critiqué. Dans sa BD Flingue ou rouge-à-lèvres, l’illustratrice Mirion Malle relève un point intéressant : si les femmes fortes sont populaires, c’est parce qu’elles sont porteuses de valeurs traditionnellement associées aux hommes (la force physique, l’assertivité, l’ambition…) À l’inverse, les personnages féminins plus girly, porteuses de valeurs traditionnellement associées aux femmes (la douceur, le relationnel, le souci de l’apparence) sont moins bien perçues.

On ne va pas se mentir : j’adore les personnages féminins forts.

Un exemple parlant : les deux sœurs Arya et Sansa Stark dans Game of Thrones. La première, tomboy rebelle et combattante de choc, est souvent plus appréciée que la seconde, très féminine et parfois vue comme passive. On pourrait penser que Sansa renoue avec les demoiselles en détresse, mais cette critique me semble injuste. Elle est bien plus complexe et intéressante que le modèle-type de personnage féminin creux de bon nombre de blockbusters des années 80 (non, je ne suis toujours pas remise d’Indiana Jones et le temple maudit).

À noter que les personnages masculins porteurs de valeurs perçues comme féminines sont tout aussi mal perçus que les personnages féminins, voire pire. À mon sens, cela relève du même problème. J’adorerais voir plus de personnages masculins altruistes, coquets ou timides sans que ça soit automatiquement perçu comme dévirilisant.

Dit-on d’un personnage masculin qu’il est «fort»?

Femme forte vs. homme… bien écrit?

Une autre critique possible serait que l’appellation de «personnage féminin fort» ne veut au fond pas dire grand-chose. Dit-on d’un personnage masculin qu’il est «fort»? Rarement… On mettra plutôt de l’avant des caractéristiques plus variées, comme le fait d’être un génie misanthrope (Sherlock Holmes) ou un ingénieux psychopathe play-boy (James Bond).

Or, il suffit que sorte un film comportant un personnage féminin (plus ou moins) important pour que l’expression de «personnage féminin fort» prenne le dessus sur tout le reste. Comme si, finalement, cela dépassait le cadre de l’archétype d’origine pour devenir un synonyme de «personnage féminin bien écrit».

Le problème de cette interprétation, c’est qu’elle sous-entend qu’avoir un ou des personnages féminins bien écrits et bien construits est un bonus appréciable d’une œuvre, mais que cela reste une exception. Et quand on voit à quel point cela semble étrangement difficile d’arriver à une représentation paritaire des hommes et des femmes, ce constat fait grincer des dents.

La femme forte est indépendante… (mais pas trop quand même)

Le syndrome Trinity

Reste qu’avoir des personnages féminins «forts» (à la fois badass et bien construits) expose ensuite à l’écueil du syndrome Trinity. Nommé d’après le personnage de La Matrice, ce trope pointe du doigt le fait qu’une femme brillante et compétente se retrouve cantonnée à un rôle secondaire, au profit d’un protagoniste masculin qui n’a rien d’extraordinaire (et le devient uniquement parce qu’il est arbitrairement désigné comme l’Élu). À part Trinity, le personnage d’Hermione (Harry Potter) est un exemple flagrant.

Très souvent, le personnage féminin en question est l’intérêt amoureux du héros masculin. Et parfois, elle se retrouve même dans le rôle de… la demoiselle en détresse! Ce revirement est particulièrement frustrant, car il renvoie le message qu’une femme a beau être «forte», elle finira toujours par être renvoyée à sa place. Elle est indépendante… mais pas trop quand même. Oh, et… plus important que tout, il faut qu’elle soit SEXY!

Alors, faut-il mettre les femmes fortes à la poubelle? Absolument pas. C’était une étape nécessaire et que l’on peut garder (contrairement aux lampes sexy qui peuvent rester dans leurs oubliettes). Simplement, il ne faudrait pas en faire les seuls modèles. Et, aussi, en faire des VRAIES héroïnes, pas juste des seconds rôles.

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