L’art de monter une mayonnaise et autres propos comestibles: Métissage alimentaire

0
972
bandeau-COOPSCO-final_01

J’ai le terrible défaut d’être une lectrice tatillonne lorsque vient le moment de choisir le prochain bouquin qui trônera sur ma table de chevet. Je me méfie toujours un peu trop des livres dont on dit le plus grand bien sur les tribunes. Je mets en doute la parole des critiques littéraires qui encensent le nouvel auteur de l’heure. Je ne fais confiance qu’à demi aux prix littéraires. Heureusement pour moi, je suis entourée de lecteurs avides et curieux qui réussissent à me détromper de mes préjugés littéraires et à me suggérer des livres qui me plaisent dès la première phrase.

La romancière Kim Thúy faisait partie de ces auteurs dont je n’attendais rien et qui ont su me surprendre. Son écriture raffinée, notamment par le charme et la simplicité de ses descriptions des petits gestes du quotidien, ainsi que sa capacité à créer des personnages entre douceur et force desquels se dégage un fort sentiment d’humanité auront su me ravir. Dans mon ancienne vie de libraire, je recommandais à tous son roman Mãn qui retrace l’histoire d’une femme qui apprend à aller vers les autres, entre autres en leur témoignant son amour par le biais de la cuisine. Mes arguments de vente étaient simples: l’écriture de Kim Thúy est réconfortante et éveille l’appétit. Comment lire Mãn sans avoir envie de sentir, gouter, savourer les plats dont il est question et avoir profondément envie de vivre et d’aimer?

Les évènements des dernières semaines ont ramené à ma mémoire son premier roman, Ru, qui abordait en partie l’arrivée en sol québécois d’une famille d’immigrants ayant fui le Vietnam à bord d’un boat-people. Je me souviens particulièrement de l’affection qui transparaissait au travers de la description de cette famille québécoise qui avait accueilli ces nouveaux arrivants avec ouverture et patience, leur servant en quelque sorte de famille élargie.

C’est avec une franchise naïve que j’avoue ne pas savoir qui sont ces autres que le gouvernement canadien compte accueillir au cours des prochaines semaines. Je dois admettre avoir été surprise en visionnant un extrait du documentaire Métal syrien en exil et de m’être fait la réflexion que ces jeunes réfugiés syriens amateurs de musique métal n’étaient pas si différents de moi. J’aurais pu être eux. Malgré la facilité avec laquelle j’ai accès à l’information, je comprends mal les tenants et les aboutissants de la guerre en Syrie. Comme face à tous ces livres que je n’ai pas encore lus, je nous sens trop méfiants. Les préjugés nous aveuglent et nous donnent sans doute une perception fausse de la réalité.

Peut-être serait-il bon de mettre sur pause la télé et son opinion pour tout simplement aller vers l’autre. Pour ce faire, il est possible de s’impliquer bénévolement au sein du Service d’accueil des nouveaux arrivants (SANA) de Trois-Rivières. Les bénévoles y sont recherchés pour diverses tâches: interprète, soutien pour le transport, travail de bureau, etc. Il est aussi possible d’être jumelé à une famille de façon à l’appuyer et à l’aider dans les nombreuses démarches sous-tendues par l’immigration.

Cet engagement au sein de sa communauté représente une première étape dans l’ouverture d’un dialogue entre deux cultures qui devront, ces prochains temps, s’apprivoiser et se connaitre pour favoriser un vivre ensemble. Et si cela se fait en échangeant des recettes de cuisine traditionnelles entre deux commissions, alors tant mieux.

Cet engagement au sein de sa communauté représente une première étape dans l’ouverture d’un dialogue entre deux cultures qui devront, ces prochains temps, s’apprivoiser et se connaitre pour favoriser un vivre ensemble. Et si cela se fait en échangeant des recettes de cuisine traditionnelles entre deux commissions à l’épicerie, alors tant mieux. Ce sera déjà un début. Quoique de ce côté vaut mieux être sur ses gardes afin de ne pas répéter le faux pas de la chroniqueuse Marie-Claude Lortie qui, sur Twitter, se réjouissait de la venue d’immigrants syriens en affirmant: «L’arrivée de réfugiés signifie l’arrivée de beaucoup de savoirs, incluant….la cuisine! Hâte aux nouveaux restos syriens.» Cet élan d’enthousiasme est tout à l’honneur de cette critique gastronomique de La Presse, mais il avait l’inconvénient d’occulter tout le drame humain vécu par les réfugiés avant de parvenir à leur terre d’adoption.

«La mijoteuse comme métaphore d’un Québec sans ambitions?»

C’est l’hypothèse qu’émet Marie-France Bazzo avec un ton plein d’humour lors de son plus récent passage à l’émission radiophonique La soirée est encore jeune. Après avoir adressé dans un premier temps ses plaintes contre la cuisson à la mijoteuse, la célèbre animatrice a poursuivi son réquisitoire en développant une analyse à teneur politique des habitudes alimentaires des Québécois. En effet, les différentes vagues de popularité de la mijoteuse ou du Crock-Pot coïncideraient étrangement aux périodes historiques de désillusion politique: des échecs référendaires à l’essoufflement du PQ.

Dites-moi ce que vous mangez et je vous dirai quel peuple vous êtes. Le Québécois ne serait donc pas né pour un petit pain, mais bien pour du manger mou… Plus sérieusement, la grisaille du mois de novembre aura nui au moral de plusieurs. Il n’y a donc rien de mal pour se revigorer que de cuisiner du comfort food. Que choisirez-vous entre le macaroni au fromage, le pâté chinois ou la soupe aux légumes?

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here