Les mains sales : le fétichisme de la détresse

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La semaine dernière, l’Union étudiante du Québec a reçu et publié les résultats d’une étude psychologique qu’elle avait commandée. Cette enquête sur la santé psychologique des étudiant.e.s universitaires à travers la province est une véritable claque sur la gueule en ce qui a trait au soin que la société porte à ses membres qui sont dans le devenir d’être la future élite intellectuelle de notre société.

Le constat

Ce n’est pas un secret que les services d’aides psychologiques et psychiatriques sont les enfants pauvres de la médecine. Au Québec, le constat est alarmant. On calcule que dans les dernières années, seulement 6% du budget annuel concernant les services de santé fut accordé pour la santé mentale. Si ce chiffre ne vous dit rien, mettons-le en comparaison : l’Ontario, malgré tous ces défauts qui comprennent (entre autres) un américanisme puant et un dynamisme funéraire, a su bien jouer ses cartes en ce qui a trait à la santé mentale, puisque cette province accorde pratiquement 45% de son budget médical à la santé mentale.

Le constat de la dernière étude menée par la firme Léger nous propose des chiffres encore plus inquiétants : 58% des étudiant.e.s universitaires présenterait des signes de détresse psychologique au point où ces gens se retrouvent classés dans le 20% de la population souffrant de troubles sévères, qui nécessiterait des soins. Les idées noires et suicidaires ne sont pas laissées pour compte : Par rapport à la population générale, les étudiant.e.s sont trois fois plus suicidaires, ceux qui tentent le suicide sont quant à eux deux fois plus présent.e.s.    

Ce n’est pas un secret que les services d’aides psychologiques et psychiatriques sont les enfants pauvres de la médecine.

Ce constat n’est pas que circonstanciel. En effet, un regard fut aussi porté sur la population 15-24 ans, toutes scolarités confondues. Là aussi les résultats sont franchement dégueulasses… 36% de ces étudiant.e.s représenterait les personnes les plus à risque de souffrir de troubles psychologiques. Les problèmes de drogue et d’automutilation sont en effet loin d’être des exceptions chez les jeunes, et ceux qui doivent en plus vivre le sexisme, l’homophobie ou le racisme sont souvent plus touché.e.s que les autres.  

Écrasé.e.s par le Capital

Les causes de cette angoisse sont multiples et relèvent de mécaniques structurelles multiples : la pauvreté, l’hérédité, la discrimination, le sentiment d’être un imposteur (parmi les étudiant.e.s de première génération), etc.  La détresse psychologique n’a pas une cause unique, bien entendu, mais on peut facilement en dépeigner quelques-unes.

détresse psychologique
Selon la récente étude de l’Union Étudiante du Québec (UEQ) et de la firme Léger, 58% des étudiant.e.s universitaires présenterait des signes de détresse psychologique.

L’angoisse de performance est un énorme fléau au sein des universités. Dans plusieurs programmes, le stress est un état constant. Les travaux de session à la dernière minute (parce que tsé, les diamants se font sous la pression?), le huitième café quotidien (si t’as mal à la tête tu prendras de l’ibuprofène.), les trois heures et demie de sommeil (tu t’attendais à quoi avec huit cafés?) et les profs qui écœurent (parce que si t’a pas une cote Z de 4, c’est parce que tu ne travailles pas).  Le comble de tout ça c’est aussi le salissage d’autres étudiant.e.s et le vol de notes (dans certains programmes qu’on ne nommera pas) ainsi que la prise d’amphétamines chez certains étudiant.e.s afin d’obtenir  un temps d’étude supérieure à la moyenne viable. Le plus ironique là-dedans est le fait que c’est souvent les programmes de médecine qui sont le plus touchés par ce problème, eux qui sont à même de savoir les dommages causés par ces drogues.

La détresse psychologique vient aussi de l’angoisse financière. Le Québec est bien entendu une des provinces où les frais de scolarité sont restés les plus bas au pays. Ces frais bas (plus ou moins 1500$ par session) ont été obtenus à la suite d’un long processus de luttes sociales (on peut juste penser aux grèves étudiantes de 2005 et de 2012), mais aussi grâce aux gouvernements péquistes qui ont essayé depuis 1976 de garder ces frais le plus bas possible, les augmentations n’ayant eu lieu que sous les gouvernements libéraux. L’éducation n’en reste pas moins un facteur angoissant. Les étudiant.e.s sont criblé.e.s de dettes, et lorsqu’ils ne le sont pas, ils travaillent 30 heures par semaine, ce qui n’est pas extrêmement mieux pour leur santé mentale. Même si la scolarité était gratuite, d’autres problèmes structurels viendraient se glisser dans notre société. Il faut mettre en place les outils pour gérer la situation et il faut inciter les répondants à parler et à briser leur solitude.

Alors pourquoi les plus jeunes devraient souffrir à cause de votre orgueil?

La concurrence des mémoires

L’aide à la santé mentale est parfois mal vue par ceux qui sont au top. Cette critique se fait dans une optique de concurrence des mémoires, c’est-à-dire à savoir qui est-ce qui a souffert le plus. Ceux qui sont déjà passé.e.s avant nous se plaisent à nous dire que « nous l’avons facile » ou que « nous voulons tout cuit dans la bouche ». Chaque génération croit qu’elle a souffert plus que la suivante et que ces derniers ne sont pas en mesure de se plaindre. La seule question que je poserai : Oui, bien sûr que vous l’avez fait dans des conditions difficiles, mais est-ce que ces conditions étaient optimales? Sûrement pas. Alors pourquoi les plus jeunes devraient souffrir à cause de votre orgueil?

Aidons la détresse psychologique afin que la route vers l’éducation ne soit pas un calvaire, mais une rédemption.

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