Plein potentiel: Conjuguer sport et études : un choix judicieux ?

0
85
bandeau-COOPSCO-final_01
Crédit photo : F. Lapointe

Avez-vous remarqué que nous avons souvent tendance à nous fixer des limites qui n’ont pas lieu d’être ? On a probablement tous déjà entendu « tu ne peux pas faire telle et telle chose. Tu dois choisir entre l’une des deux ». Pour les athlètes, ce choix doit souvent se prendre entre le sport et les études. Mais pourquoi devraient-ils.elles à tout prix choisir entre les deux? Pourquoi ne serait-il pas possible d’être un.e athlète d’élite et d’avoir une seconde carrière ?

J’ai eu la chance d’en discuter avec l’athlète trifluvienne de haut niveau, Laurence Vincent-Lapointe. Forte de 13 médailles d’or en championnat du monde en canoë féminin, elle compte bien participer aux prochains Jeux olympiques d’été disputés à Tokyo en 2020.

La jeune canoéiste est une athlète d’élite qui rayonne sur la sphère internationale et qui doit dédier une grande partie de son temps à la pratique de son sport. Toutefois, il est également important pour elle de préparer son après-carrière en étudiant. Face à son horaire chargé, elle m’a divulgué une information qui m’a surpris : elle a récemment abandonné l’idée de devenir médecin. Laurence caressait ce rêve depuis plusieurs années, si bien qu’elle avait fait la demande pour accéder au programme à six reprises. Avec les années qui se succèdent, elle a réalisé qu’elle ne souhaitait plus pratiquer ce métier pour différentes raisons et qu’elle désirait plutôt se diriger vers la physiothérapie.

Ce qui m’a surpris, c’est la réaction de son entraineur à l’annonce de son changement d’idée face à son après-carrière. Ce dernier lui a répondu qu’elle ne devait vraiment pas abandonner. En fait, il croyait qu’elle prenait cette décision afin de se concentrer uniquement sur la pratique de son sport. Il aurait dû être heureux, n’est-ce pas ? Une de ses athlètes les plus prolifiques annonce qu’elle va consacrer encore plus de temps à s’entrainer pour devenir encore meilleure. En réalité, c’est plus complexe que ça.

Nous sommes plusieurs à croire que pour être un.e athlète d’élite, il faut se concentrer sur le sport uniquement. On croit que pour devenir le ou la meilleur.e, il faut travailler tellement fort qu’il est pratiquement impossible d’avoir d’autres occupations ou même, de posséder une vie sociale.

Récemment, un joueur de football québécois a brisé ce mythe de façon assez triomphale. Laurent Duvernay-Tardif, joueur offensif des Chiefs de Kansas City, a été diplômé en médecine au mois de mai 2018 et est ainsi devenu le premier joueur de l’histoire de la National Football League (NFL) à obtenir un tel diplôme. En plus de jongler avec deux carrières qui le maintiennent occupé, Laurent a plusieurs autres passe-temps et il s’implique au sein de plusieurs causes qui lui tiennent à cœur. Cet Hilairemontais est un très bel exemple qu’il est tout à fait possible d’être un ou une athlète d’élite tout en possédant une seconde carrière.

On est plusieurs à avoir la perception que pour être un ou une athlète d’élite, il faut se concentrer sur le sport uniquement. On croit que pour devenir le meilleur, il faut travailler tellement fort qu’il est pratiquement impossible d’avoir d’autres occupations ou même une vie sociale.

Pour revenir à Laurence et son entraineur, selon moi, deux raisons expliquent la réaction de ce dernier lorsqu’elle lui a annoncé sa volonté d’abandonner son rêve d’étudier en médecine. Premièrement, une carrière sportive se termine relativement tôt dans la vie adulte et il faut préparer la suite des choses. Ceux qui ne le font pas vivent généralement des moments difficiles lors de leur retraite. Deuxièmement, lorsqu’un ou une athlète se définit seulement par son sport, une petite difficulté à l’entrainement peut être vécue comme une catastrophe. Lorsque tu te définis seulement en tant qu’athlète, les échecs vécus dans le sport seront beaucoup plus difficiles à absorber. Ces échecs seront une atteinte directe à ton égo puisque pour toi, tu n’es rien d’autre qu’un ou une athlète. Ce que m’a confié Laurence, c’est que de conjuguer les deux permet de trouver un équilibre et de mettre davantage la situation en perspective.

La recherche

J’ai effectué quelques recherches afin de mieux comprendre les motivations et les difficultés des athlètes qui conjuguent sport et études. Une des difficultés mentionnées concerne la fatigue et le manque de temps pour bien récupérer après les nombreux entrainements. Cette fatigue peut ensuite avoir des impacts autant sur l’école que sur la performance sportive et la vie sociale. Les auteurs.es d’une étude (O’Neill, Allen, & Calder, 2013) apportent un point important : ces athlètes doivent être bien conseillés au niveau des symptômes de fatigue pour pouvoir les détecter tôt et réagir rapidement ainsi qu’au niveau nutritionnel quant à comment bien s’alimenter pour mieux récupérer.

Lorsque tu te définis seulement en tant qu’athlète, les échecs que tu vas vivre dans le sport seront beaucoup plus difficiles à encaisser. Ces échecs seront une atteinte directe à ton égo puisque pour toi, tu n’es rien d’autre qu’un ou une athlète.

Une autre difficulté concerne la gestion du temps et ce qu’on pourrait aussi appeler la procrastination. Les athlètes questionnés mentionnent avoir souvent besoin de se détendre après un entrainement chargé ou un examen, mais ils se retrouvent souvent à perdre trop de temps sur les réseaux sociaux. Une bonne gestion du temps libre est un aspect essentiel pour réussir autant dans le sport qu’à l’école.

Finalement, il est mentionné que la nécessité de s’entrainer souvent faisait en sorte que ces athlètes doivent faire des sacrifices en terme de temps passé avec leur famille. Ce choix est souvent difficile pour les athlètes qui n’apprécient pas faire passer le sport avant la famille.

Pour bien réussir, il est important d’être dans de bonnes dispositions mentales et physiques. Il ne faut pas avoir peur d’aller chercher de l’aide et des conseils d’autres athlètes, des entraineurs.es et des professeurs.es.

Il ne faut pas se méprendre, il y a aussi des éléments positifs à conjuguer le sport et les études. Dans une recherche de 2015 (Tekavc, Wylleman, & Erpič, 2015), des nageurs.ses et joueurs.ses de basketball énumèrent certains facteurs qui les motivent à poursuivre deux carrières : un sentiment de satisfaction personnelle, de la confiance en soi et le fait d’investir dans leur future carrière. Dans l’étude d’O’Neill et ses collègues (2013), d’autres éléments positifs sont énumérés : poursuivre des études en plus de faire du sport permet de ressentir du bien-être, de ressentir un sentiment d’identité plus fort et d’avoir un objectif à poursuivre.

Au final, le fait de conjuguer étude et sport est un choix judicieux qui comporte son lot d’aspects positifs et négatifs. Pour bien réussir, il est important d’être dans de bonnes dispositions mentales et physiques. Il ne faut pas craindre d’aller chercher de l’aide et des conseils d’autres athlètes, des entraineurs.es et des professeurs.es. Une chose est certaine, maintenir une bonne attitude et entretenir la croyance que tu peux réussir sont des facteurs qui te permettront d’avoir des performances optimales, autant à l’école qu’au plan sportif.

____________________

Sources :

O’Neill, M., Allen, B., & Calder, A. M. (2013). Pressures to perform: An interview study of Australian high performance school-age athletes’ perceptions of balancing their school and sporting lives. Performance Enhancement & Health2(3), 87-93.

Tekavc, J., Wylleman, P., & Erpič, S. C. (2015). Perceptions of dual career development among elite level swimmers and basketball players. Psychology of Sport and Exercise, 21, 27-41.

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here