La FémiNazgûl: Sortir des cases pour être ENFIN parfaite?

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Crédit: Sarah Gardner

Ce titre légèrement racoleur n’a pas pour objectif d’annoncer la soudaine reconversion de ma chronique en conseils de développement personnel. En fait, il vient plutôt souligner une interrogation récurrente, qui me rattrape à chaque texte, mais que je n’ai abordée qu’indirectement jusqu’à présent : finalement, à force de multiplier les cases pour désigner les personnages féminins «problématiques», est-ce qu’on ne finit pas par passer à côté du problème?

Recette pour un personnage féminin parfait(ement féministe)

Imaginons un instant que j’aie (enfin) fini d’écumer le site TV Tropes et de répertorier tous les défauts de construction des personnages féminins de fiction. En s’aidant de cette liste complète de pièges à éviter, on devrait pouvoir, en creux, dresser LA recette pour créer un personnage féminin parfait, en-dehors des cases et des clichés sexistes!

Juste pour l’exercice, essayons un instant. Alors… Tout d’abord, pour être parfaite, paradoxalement, la femme ne doit pas être parfaite : sinon, il s’agit d’une Mary Sue. Il ne faut pas non plus la rendre trop passive, ni trop dépendante d’un homme, au risque de la transformer en demoiselle en détresse (ou en l’éternelle «lampe sexy» sur laquelle je m’acharne encore une fois). Mais est-ce qu’on ne tomberait pas dans l’excès inverse à en faire un personnage trop indépendant, trop baveux, trop «fort», trop… masculin?

Etc., etc., etc… En fait, est-ce réellement possible de trouver un personnage féminin qui ne soit pas problématique sur au moins un aspect? Ou alors, est-ce qu’à force de creuser toujours plus loin, on finit toujours par trouver quelque chose à critiquer? Y compris chez des œuvres généralement considérées comme féministes, comme par exemple Buffy contre les vampires (passée au crible dans cette série d’articles)?

Évidemment, toutes les critiques n’ont pas la même portée. À l’origine, un trope est un motif récurrent dans la fiction, pas forcément associé à un jugement de valeur. Il en existe tellement qu’il est normal qu’un personnage en cumule un certain nombre pour que l’on puisse le situer dans l’histoire. C’est quand le trope commence à être un peu trop fréquent qu’il devient alors un cliché, susceptible d’attirer l’agacement plutôt que l’empathie. Et même la transformation d’un trope en cliché ne signifie pas pour autant que celui-ci est problématique (parce que sexiste, par exemple).

La remise en question

Dans mes diverses recherches pour écrire ma chronique, il n’est pas rare que je me retrouve confrontée à mes propres paradoxes. Que je lise quelque part l’analyse d’une œuvre (comme celle de Buffy mentionnée plus haut) et que je me dise « Ben là, franchement, ça va beaucoup trop loin. Il est en train de chercher des poux, là! »

Quand ce genre de situation arrive, j’ai l’impression que je peux l’interpréter de deux manières. La première serait que je prends conscience de toujours tout observer à travers le même filtre, d’être solidement enfermée dans une chambre d’écho qui me montre du sexisme absolument partout. À quel point faut-il être déconnectéE de la réalité pour trouver Buffy sexiste?

Et si même Buffy est sexiste… alors que penser du reste? Tout est sexiste, il est impossible d’analyser une œuvre ou un personnage en-dehors de cette case. On a déjà la conclusion; maintenant, ne serait-il pas temps de passer à autre chose? Pourquoi je continuerais d’écrire une chronique qui ne fait qu’énoncer des évidences?

Réconciliation

La deuxième interprétation (qui n’est pas toujours incompatible avec la première d’ailleurs), ce serait que si je ressens un tel malaise face à ce genre d’analyse, c’est peut-être parce qu’il me reste encore beaucoup de déconstruction à faire. J’aime beaucoup Buffy. Je la considère effectivement comme une série féministe. Lire une analyse qui remet en cause (au moins en partie) cette perception, ça fait mal.

Mais en même temps, si je me montre honnête… cette série date des années 90. Tout n’a pas forcément très bien vieilli, certaines choses normales à l’époque font aujourd’hui grincer des dents… On pourrait rétorquer qu’il est inutile – voire stupide – de juger une œuvre passée selon les critères d’aujourd’hui. Mais pourquoi les deux s’opposeraient-ils? On peut très bien reconnaitre l’apport féministe de Buffy, tout en admettant qu’on a avancé sur le sujet depuis cette époque (et heureusement).

Les goûts et les critiques

Il y a deux choses qu’il faut garder à l’esprit. Premièrement, il existe une différence entre critiquer une œuvre et détester une œuvre (ou un personnage). Apprécier une œuvre n’empêche pas de la considérer avec un minimum d’esprit critique, et à l’inverse, ce n’est pas parce que l’on critique une œuvre que l’on cesse de l’apprécier pour autant.

Deuxièmement, critiquer par exemple le sexisme d’une œuvre ne revient pas à affirmer que toutes les personnes qui apprécient ou ont apprécié l’œuvre sont obligatoirement sexistes. Et heureusement, d’ailleurs, parce qu’à titre personnel, je suis vraiment loin d’être parfaite sur ce plan-là. Néanmoins, j’avais besoin de me mettre au clair avec moi-même là-dessus pour pouvoir continuer en toute sérénité à décortiquer œuvres et personnages de fiction avec ma lunette habituelle.

Toutefois, pourquoi a-t-on malgré tout l’impression que l’on réduit les personnages féminins aux cases qu’elles remplissent dans la narration? Eh bien, le problème est plutôt dû au manque de représentation des femmes dans la fiction. Moins il y a de personnages féminins, plus elles ont la lourde responsabilité de représenter leur genre tout entier, et plus les défauts risquent d’être mal perçus. Et en ce qui concerne le nombre et l’importance des personnages féminins, là, Buffy serait probablement dans le haut du panier.

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