La FémiNazgûl: Pour une défense de la Mary Sue

0
féminazgul
Crédit: Sarah Gardner

À force de décortiquer les clichés et les défauts de construction des personnages féminins dans les œuvres de l’imaginaire, il fallait bien terminer par leur incarnation ultime : la fameuse «Mary Sue». Mais celle-ci est-elle vraiment si détestable?

Qui est Mary Sue et d’où vient-elle?

Mary Sue est un personnage de fiction considéré comme trop parfait. Très souvent, on considère également qu’il s’agit d’une incarnation idéalisée de l’auteur ou de l’autrice dans un univers fictif (ou même, dans certains cas, d’un fantasme de l’auteur ou de l’autrice). Cette caractéristique provient du fait que la Mary Sue est tout d’abord issue du milieu des fanfictions, quoiqu’elle se soit par la suite étendue à des œuvres originales.

L’on peut d’ailleurs noter que la Mary Sue originelle, qui a donné son nom au trope, est déjà une dénonciation de celui-ci. En 1974, lassée de voir défiler des personnages féminins trop parfaits dans des fanfictions de Star Trek, Paula Smith écrit une parodie nommée A Trekkie’s Tale, qui paraît dans le fanzine Menagerie #2. Dans cette courte histoire, la lieutenant Mary Sue, âgée de quinze ans et demi, rejoint l’équipage du vaisseau Enterprise et ne tarde pas à accumuler les exploits sous l’œil béat des personnages principaux tous amoureux d’elle. Par la suite, le terme ne tarde pas à se populariser.

La Mary Sue originelle est déjà une parodie.

Un personnage féminin «trop parfait»

Un des défauts du concept de Mary Sue, c’est que sa définition d’un personnage «trop parfait» reste très vague et largement ouverte à interprétation, comme le fait remarquer le site de référence en la matière TV Tropes (qui a décidé pour cette raison de ne pas présenter de liste officielle de personnages de Mary Sue, tout comme Wikipédia).

On peut toutefois relever quelques caractéristiques récurrentes : la Mary Sue est généralement d’une beauté époustouflante (avec certains détails physiques inhabituels comme des yeux mauves), elle est dotée de capacités extraordinaires, elle a un passé profondément tragique, et elle suscite rapidement l’admiration, voire plus, de la part de la majorité des personnages de l’œuvre, au point de faire plier les règles de l’univers en sa faveur. En effet, Mary Sue ne fait jamais d’erreurs, et lorsqu’elle en fait malgré tout, l’auteur ou l’autrice trouve une raison pour expliquer pourquoi ce n’est pas de sa faute.

Juste un petit détail: Mary Sue est généralement un personnage féminin.

Oh, et, juste un petit détail à mentionner en passant : Mary Sue est généralement un personnage féminin. Le terme par défaut est d’ailleurs le terme féminin, y compris pour désigner un personnage masculin (quoiqu’on trouve, plus rarement, les équivalents de Gary Stu ou Marty Stu).

Un certain nombre d’autres caractéristiques peuvent s’ajouter et former diverses sous-catégories de Mary Sue, répertoriées ici par TV Tropes. La variante la plus connue est probablement la Purity Sue, qui est la bonté d’âme incarnée et n’a aucun défaut susceptible de lui faire faire des erreurs dans l’histoire. Par réaction à cette dernière, on trouve parfois la Jerk Sue torturée, ou la Villain Sue du côté des antagonistes.

Le problème de la Mary Sue

On va s’entendre : écrite au premier degré, une Mary Sue est un personnage insupportable. D’une certaine manière, il s’agit d’une tentative ratée de ce que j’appelle l’approche utopiste, à savoir la volonté de présenter des modèles de personnages féminins qui ne sont pas concernés par le sexisme (ou qui s’en affranchissent par des solutions impossibles à appliquer dans la vraie vie).

Le concept de Mary Sue est souvent utilisé à tort et à travers.

Mais finalement, le principal problème de la Mary Sue provient du fait qu’en l’absence de définition réellement précise, le concept finit par être utilisé à tort et à travers, et à désigner n’importe quel personnage féminin ayant une caractéristique qui la fait briller un peu (ce qui concerne d’ailleurs beaucoup de personnages féminins touchées par le syndrome Trinity). Et quand on en vient à qualifier Elizabeth Bennet (Orgueil et Préjugés) de Mary Sue, je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’il y a un problème quelque part. À force d’utiliser le terme n’importe comment, j’en viens à penser qu’il faudrait qu’un personnage féminin ne soit rien d’autre qu’une lampe sexy pour ne pas rentrer dans l’horrible case «Mary Sue»… ce qui me semble bien plus problématique que le trope dénoncé à l’origine.

Lorsqu’il est bien utilisé, le concept de Mary Sue reste extrêmement utile pour relever certains défauts de construction d’un personnage (pas uniquement féminin d’ailleurs). J’admets d’ailleurs qu’en tant qu’amatrice d’extrême décorticage littéraire et cinématographique, j’éprouve un petit plaisir coupable à les dénicher dans certaines œuvres. Mais finalement, ma conclusion rejoint celle de mon commentaire sur Twilight : à partir du moment où la critique provoque un problème pire que ce qu’elle dénonce, c’est qu’il est peut-être temps de se garder une petite gêne sur le sujet.

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here