La zone grise: Pour un spectacle de la rentrée plus inclusif

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Quelques jours à peine avant la performance de KNLO au spectacle de la rentrée 2021 de l’UQTR, je me retrouve prise en deux positions: tandis qu’il y a une part de moi qui se réjouit à l’idée d’assister à une prestation musicale qui promet, il y a une autre part de moi qui se désole du côté peu inclusif de l’événement semi-annuel.

L’inclusivité, ce n’est pas quelque chose qu’on fait une fois et qu’on oublie par la suite.

Pour l’une des premières fois depuis sa création, le spectacle de la rentrée a comme tête d’affiche un homme de couleur; cela fait différent des autres années où la programmation était presque exclusivement composée d’hommes blancs cishet. Toutefois, après avoir passé au peigne fin les archives liées à l’événement, je n’avais qu’une question au bout des lèvres: où sont les femmes?

Des femmes musiciennes, ça existe?

Depuis le premier spectacle extérieur organisé pour la rentrée universitaire en 2014, il n’y a jamais eu (selon mes recherches) d’artistes solos féminines qui ont foulé les planches de l’UQTR. Les seules femmes qui ont performé dans le cadre du spectacle de la rentrée faisaient partie d’un groupe; il s’agit de Marie-Annick Lépine des Cowboys fringants, de Daphné Brissette, d’Alice Tougas St-Jak et d’Annie Carpentier du groupe Canailles et de Sabrina Sabotage d’Orange Orange.

Oui, c’est gênant.

Les récalcitrants me diront peut-être qu’à la dernière session, lors du spectacle d’humour  de la rentrée hivernale, plusieurs femmes, dont Katherine Levac et Rosalie Vaillancourt, étaient présentes. C’est vrai. Mais, l’inclusivité, ce n’est pas quelque chose qu’on fait une fois et qu’on oublie par la suite. C’est censé être une pratique qu’on applique continuellement afin d’éviter de privilégier certains groupes d’individus au détriment des autres.

Les hommes écoutent-ils de la musique féminine?

D’une certaine façon, je peux comprendre le comité organisateur; ce n’est pas comme si celui-ci était la seule institution à omettre de faire participer les femmes à leur événement. Ce problème, que l’on pourrait qualifier de systémique, avait été soulevé en mars dernier dans une lettre ouverte signée par plus d’une centaine d’artistes et d’artisanEs de la musique d’ici qui dénonçaient « le trop peu de temps d’antenne » accordé aux artistes féminines. De façon similaire, depuis 2018, la page Twitter Book More Women analyse les programmations des plus grands festivals de musique à travers le monde et calcule le pourcentage de femmes et/ou d’artistes non-binaires qui y participent. Pour effectuer ce calcul, la page ne conserve sur les affiches de ces festivals que les noms des groupes ou des artistes solos qui sont ou qui incluent au moins une femme ou musicienNE non-binaire. Le résultat? Dans la majorité des cas, les hommes occupent toute la place.

Est-ce parce que les hommes n’écoutent que de la musique créé par d’autres hommes? Cela serait étonnant considérant que plusieurs femmes, telles que Dua Lipa, Ariana Grande et Doja Cat, figurent dans les divers palmarès des artistes les plus écoutéEs de l’année. Il est où le problème alors? Est-ce dû à la croyance erronée que l’égalité des hommes et des femmes est une bataille déjà gagnée? Ou peut-être est-ce dû à une certaine paresse de la part d’individus qui préfèrent l’option facile à l’option la plus juste? Parce que même s’il peut être plus ardu de penser à « booker » des artistes féminines, cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas le faire.

Liste non-exhaustive d’artistes féminines d’ici

Finalement, pour faire taire celleux qui diraient qu’il n’y a pas d’artistes féminines talentueuses au Québec, j’ai pensé terminer ma chronique sur une courte liste de musiciennes qu’il serait intéressant d’accueillir aux prochaines éditions du spectacle de la rentrée. J’ai même eu l’obligeance de les rassembler par genre musical, n’est-ce pas merveilleux?

Pour les amateurs et les amatrices de musique traditionnelle/folk, il y a le duo des Soeurs Boulay et le groupe les Hay Babies. Pour les fans de pop, il y a Charlotte Cardin, Coeur de pirate et Milk & Bone. Pour ce qui est du rap, il y a Laurence Nerbonne, Marie-Gold et Sarahmée. Il y aussi, dans des genres musicaux plus difficiles à catégoriser, des artistes telles que Lydia Képinski et Klô Pelgag. Il ne faut pas oublier les artistes de la relève, notamment Carla Chanelle et Claudya.

Vous êtes les bienvenuEs 🙂

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