Reportage : Étudiants-athlètes ; Trouver l’équilibre

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Contrairement à ce que cette image laisse croire, la conciliation sport et études n’est pas toujours de tout repos. Crédit photo : Etacollege.com

D’un côté, les travaux, les cours, les devoirs et ultimement, le diplôme. De l’autre, les entraînements, les parties, les sacrifices et ultimement, le podium. Telle est la vie d’un étudiant athlète. La finalité de sa mission réside dans le fait de trouver l’équilibre entre ces deux pôles. Leur quête de ce double succès et remplie de défis exige des sacrifices et des priorités mises à la bonne place.

Un peu à la manière de feu Robin Williams dans Madame Doubtfire, faisons la lumière sur cette double vie que mènent nos étudiants-athlètes. Pour les besoins de la cause, je me suis entretenu avec deux athlètes pour que, chacun leur tour, il me dresse leur perception de cette double vie, de cette recherche d’équilibre sur la lourde balance du succès.

Pour ratisser large et passer au peigne le plus fin possible les longs cheveux du programme des Patriotes de l’Université du Québec à Trois-Rivières, j’ai décidé de m’entretenir avec deux Patriotes évoluant dans des disciplines assez différentes ; Matisse Brizzard, coureur en Cross-Country, Sébastien Auger, gardien de l’équipe de hockey. J’ai aussi été recueillir les propos de Jean Bois. Cet homme est un peu comme un accompagnateur pour les athlètes dans le volet académique. En tenant certains Patriotes par la main ou en donnant un coup de pouce à d’autres, monsieur Bois (il a le bras long) s’assure de les garder dans le sentier long et battu de la graduation.

Matisse Brizzard, prévoir pour ne pas décevoir

Premièrement, pour Matisse Brizzard, le sport dans lequel il évolue le distingue d’autres athlètes des Patriotes. Il compétitionne dans une discipline individuelle (le Cross-Country). En soi, cela ne change pas énormément sa réalité par rapport à celle des autres, mais le fait d’être constamment avec ses coéquipiers est certainement un facilitateur et un facteur de persévérance pour les athlètes des sports collectifs.

Il adore ce mode de vie mouvementé qui exige beaucoup de volonté

Le calendrier hebdomadaire d’un athlète des Patriotes en Cross-Country est assez exigeant comme le souligne Matisse : «En saison, on s’entraîne très fort, chaque semaine, nous faisons environ six entraînements de course à pied et deux séances de musculation». Comme je le mentionnais, les coureurs.ses individuel.le.s ne s’entraînent pas toujours en groupe. Les Patriotes tiennent des entraînements les lundis soirs et les mercredis matins, pour ce qui est du reste, le joueur doit s’autoréguler et est responsable de ses entraînements supplémentaires.

Les athlètes en cross-country ont donc moins d’encadrement que dans les autres disciplines où les entraînements sont plutôt collectifs, la rigueur et l’acharnement doivent donc être leurs pierres d’assises. Les deux clous sur lesquels ils doivent frapper et refrapper. C’est encore plus vrai dans l’entre-saison.

Dans l’ensemble, Matisse s’en sort plutôt bien. Malgré tout, il avoue que ce n’est pas toujours facile. Il qualifie cette recherche d’équilibre entre le sport, les études et le travail de «véritable casse-tête». Il maintient toutefois qu’il adore ce mode de vie «mouvementé qui exige beaucoup de volonté». Pour lui, il n’y a pas de secret, tout se passe au niveau de la planification.

Matisse s’oblige à se concevoir, chaque semaine, un calendrier dans lequel il se donne des défis qui prennent souvent forme de mandats académiques (et/ou sportifs) à accomplir. Il admet que le fait de planifier tout à l’avance lui permet de facilement se débrouiller en classe et d’exceller sur la piste. Il croit même que la discipline, à elle seule, l’aide dans ses études : «après une course, je me sens toujours plus concentré pour les études».

Sébastien Auger, ne rien laisser au hasard

Sébastien a vu neiger en ce qui concerne la conciliation études et hockey. Le gardien de but de la formation de hockey sur glace revient sur son adhésion au programme des Patriotes il y a quatre ans, alors qu’il se lançait du même coup dans le baccalauréat en enseignement de l’éducation physique. Pour lui, cette transition s’est faite de manière très harmonieuse. Par contre, le cerbère et éducateur physique en devenir reste lucide. Il a aussi été témoin de situations dans lesquelles la transition s’est avérée plus problématique.

Pour lui, le défi consistait à arrimer la vie d’appartement, la vie d’athlète et celle d’étudiant. Pour Sébastien, le fait d’avoir quitté le nid familial quelques années auparavant a évidemment facilité l’aspect de l’autonomie lié au fait de se retrouver dans son propre chez-soi : «J’avais eu la chance de vivre ailleurs que chez mes parents plus jeune, ça a donc été une formalité pour moi en arrivant à Trois-Rivières».

Bien entendu, aucun athlète ne s’inscrit à l’université en touriste

Il ne lui restait qu’à adhérer aux exigences universitaires puisque, bien entendu, aucun athlète ne s’inscrit à l’université en touriste. Même ceux qui entrent par la grande porte dans le programme des Patriotes, en s’inscrivant dans le baccalauréat en loisirs, culture et tourisme ont tous une volonté profonde d’accéder au diplôme. 

J’ai longtemps pensé que certain.e.s athlètes s’inscrivaient dans un programme ou dans un autre que pour assurer leur place dans les Patriotes, mais je me suis vite rendu compte qu’il n’en était rien. Nous verrons d’ailleurs plus loin comment l’UQTR s’assure que cela ne se produise pas.

Continuons avec l’exemple de Sébastien, il se dévoue entièrement dans ses cours. Il excelle lors des évaluations et des oraux. Je suis bien placé pour le savoir, il est dans ma cohorte. Par contre, Sébastien, comme tous les joueurs de la formation de hockey masculine, est souvent contraint à manquer des cours. 

Je savais que le hockey sur glace était sans doute la discipline la plus exigeante en termes de temps investi par l’athlète dans le vaste programme des Patriotes. Sébastien confirme mes anticipations : «Nous avons quatre entraînements sur glace par semaine, quatre entraînements à l’extérieur de la surface glacée et, évidemment, entre une et deux parties le week-end».

Quand même, cela fait 10 séances hebdomadaires à consacrer à sa discipline. S’ajoutent à cela les exigences académiques qui ne sont pas amoindries pour les athlètes. En effet, même si quelques enseignant.e.s plus compréhensif.ve.s accorderont des délais différents ou des reprises aux athlètes, ces derniers finissent irrémédiablement par se frotter aux mêmes que leurs collègues de classe.

«Nous avons quatre entraînements sur glace par semaine, quatre entraînements à l’extérieur de la surface glacée et, évidemment, entre une et deux parties le week-end».

Sébastien auger gardien de but

Pour Sébastien, il n’y a pas de secret. Il faut faire les bons choix. Alimentation, sommeil, occupation, rien ne doit être laissé au hasard. Le gardien de but s’accorde pour dire, comme Matiss Brizzard l’a mentionné plus haut, que la discipline doit être la qualité première d’un étudiant-athlète.

Une discipline beaucoup plus profonde que celle qui permet de ne pas prendre de pénalité au hockey et ne pas faire de faux départs au cross-country. Celle qui côtoie la rigueur académique et la motivation extrinsèque que l’on tente de s’intégrer. Les clés du succès. Celles qui permettent, plus tôt que tard, de déverrouiller le cadenas du diplôme. En parlant de clé, Sébastien me parle aussi de Jean Bois.

Je le vois un peu comme un serrurier. Quand les trois clés énoncées plus haut ne fonctionnent pas, il les retouche et les travaille pour qu’elles finissent par ouvrir la porte de la graduation. J’ai donc été rencontré monsieur Bois, intrigué d’en savoir plus sur son rôle d’accompagnateur auprès des joueur.se.s, coureur.se.s et nageur.se.s.

Jean Bois, un accompagnateur vers le succès

L’homme en question, véritable bouée de sauvetage de certains athlètes, qui passent près de la noyade, est en fait un expert-conseil. À l’Université du Québec à Trois-Rivières, Jean Bois est le responsable des admissions de 1er cycle. Il est clair à cet égard, son rôle ne se limite pas qu’à aider les étudiants-athlètes : «Je travaille à encadrer l’ensemble des étudiants admis dans notre université, mais avec les étudiants athlètes, je dois souvent intervenir plus souvent auprès d’eux».

Monsieur Bois est donc le premier intervenant avec qui les athlètes doivent monnayer lorsqu’ils sont admis. Il est celui qui tisse le lien qu’entretiennent les athlètes avec les entraîneurs ou avec le Centre de l’Activité Physique et Sportive (CAPS), par exemple. Il est bien placé pour suivre rigoureusement le dossier de chaque athlète arborant les couleurs des Patriotes : «Je connais bien les athlètes, je suis surtout là pour répondre à leurs interrogations et pour les conseiller».

Comme il me le mentionne, le responsable des admissions est aussi là pour s’assurer que la conciliation études et sports soit harmonieuse et favorable à chaque Patriote. Il ne cesse de répéter aux athlètes de ne pas attendre d’échouer un cours avant de mettre en place des moyens pour faire grimper sa moyenne.

Pour lui, il est important que l’athlète comprenne qu’il est d’abord et avant tout un étudiant. Monsieur Bois est donc aussi en très étroite collaboration avec les différents directeurs de programme des athlètes. Il n’est pas le seul à exiger de bons rendements scolaires de la part des athlètes, l’institution y tient aussi et a même mis de l’avant une politique à ce sujet : «Ici, à l’UQTR, les Patriotes ont un nombre de crédits universitaires minimum à réussir chaque année s’ils veulent être éligibles à faire partie de la formation l’année suivante». Il s’agit donc d’une façon de prévenir toute forme de tourisme que j’ai pu énoncé plus haut.

«La moyenne cumulative de nos athlètes des Patriotes est supérieure à celle de l’ensemble de nos autres étudiants»

Jean bois, responsable des admissions du 1er cycle

L’université y parvient bien d’ailleurs. Nos Patriotes ne brillent pas que sur la glace, dans l’eau ou sur la pelouse, ils performent également très bien derrière le pupitre. Étonnement, comme le mentionne Monsieur Bois : «La moyenne cumulative de nos athlètes des Patriotes est supérieure à celle de l’ensemble de nos autres étudiants».

Ce n’est pas peu dire. Cette statistique illustre bien la mentalité première de l’Université, telle que décrite par le responsable des admissions : «Nous voulons avoir des équipes compétitives et de bon.ne.s athlètes, c’est certain… Par contre, nous voulons surtout avoir de bons étudiants. Au-delà de gagner des compétitions, notre mission première demeure de former des hommes et des femmes qui mettront en oeuvre leurs savoirs et leur expertise acquis ici au profit de la société».

Je crois que la dernière phrase de Monsieur Bois résume bien l’idée derrière le reportage et en fait une excellente conclusion. Un étudiant-athlète est d’abord et avant tout un étudiant. Il a la chance de se former tout en pratiquant sa passion. Il est privilégié. Conscient de sa chance, il travaille fort et se responsabilise pour performer en classe tout en faisant ses classes dans son sport. C’est beaucoup de sacrifices et d’acharnement, certes. Mais pour les côtoyer presque quotidiennement, je peux affirmer qu’ils carburent à ça, nos Patriotes.

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